<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?>
<FictionBook xmlns:l="http://www.w3.org/1999/xlink" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xmlns="http://www.gribuser.ru/xml/fictionbook/2.0">
<description>
<title-info>
<genre>poetry</genre>
<author>
<first-name>François</first-name>
<last-name>Coppée</last-name>
</author>
<book-title>Promenades Et Intérieurs</book-title>
<date></date>
<lang>fr</lang>
</title-info>
<document-info>
<author>
<first-name></first-name>
<last-name></last-name>
</author>
<program-used>Fiction Book Designer</program-used>
<date value="2008-03-27">27.03.2008</date>
<src-url></src-url>
<src-ocr></src-ocr>
<id>FBD-0FEEBD-43F2-F646-1C86-550A-D21C-C2C2EF</id>
<version>1.0</version>
</document-info>
<publish-info>
</publish-info>
</description>
<body>
<image l:href="#pic_1.jpg"/>
<title>
<p>François Coppée</p>
<empty-line/>
<p>Promenades Et Intérieurs</p>
</title>
<section>
<p id="_Toc98256749">
</p>
</section>
<section>
<title>
<p>François Coppée</p>
</title>
<p>(1842-1908)</p>
<empty-line/>
<p>François Coppée, né en 1842 à Paris de parents parisiens, mort à Paris en 1908, est un des poètes les plus populaires de la seconde moitié du 19<sup>ème</sup> siècle. Son talent souple s’est essayé avec succès dans tous les genres; mais c’est comme poète des humbles et de la vie familière qu’éclate le mieux son originalité, surtout dans les recueils intitulés: <emphasis>Les Humbles, Écrit pendant le Siège, Promenades et Intérieurs, le Cahier rouge</emphasis>.</p>
<empty-line/>
<p>Poète lyrique, sentimental et intime dans <emphasis>le Reliquaire, Intimités, Olivier, l’Exilée, les Mois, Jeunes filles, Arrière-Saison, </emphasis>François Coppée a écrit de délicieux vers d’amour. Conteur et poète dramatique dans <emphasis>les Récits et les Élégies</emphasis>, poète satirique, patriotique et religieux dans les <emphasis>Paroles sincères, Dans la prière et dans la lutte, Des vers français, </emphasis>il débuta avec éclat dans <emphasis>le Passant</emphasis>, idylle gracieuse et morale. <emphasis>Le luthier de Crémone</emphasis> et <emphasis>le Trésor</emphasis> sont deux menus et purs chefs-d’œuvre. <emphasis>Le Pater </emphasis>est d’inspiration chrétienne. Trois beaux drames qui sont presque des tragédies: <emphasis>Severo Torelli, les Jacobites, Pour la couronne, </emphasis>forment la partie importante de son théâtre, remarquable par l’élévation des sentiments.</p>
<empty-line/>
<p>Prosateur savoureux et charmant, il a écrit des contes et des nouvelles où se mêlent l’émotion et l’ironie, un roman hardi et puissant, <emphasis>le Coupable</emphasis>, des articles de journaux émaillés de grâce malicieuse et de tendresse souriante, réunis sous le titre de <emphasis>Mon franc-parler </emphasis>; enfin des pages d’une inspiration toute chrétienne, publiées sous le titre de <emphasis>la Bonne</emphasis> <emphasis>souffrance</emphasis>, et où il raconte son retour à la foi catholique auquel sa charité pour les pauvres et son amour des petits et des humbles l’avaient tout naturellement préparé.</p>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256750">I</p>
</title>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256751">Promenades et Intérieurs</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Lecteur, à toi ces vers, graves historiens</v>
<v>De ce que la plupart appelleraient des riens.</v>
<v>Spectateur indulgent qui vis ainsi qu’on rêve,</v>
<v>Qui laisses s’écouler le temps et trouves brève</v>
<v>Cette succession de printemps et d’hivers,</v>
<v>Lecteur mélancolique et doux, à toi ces vers!</v>
<v>Ce sont des souvenirs, des éclairs, des boutades,</v>
<v>Trouvés au coin de l’âtre ou dans mes promenades,</v>
<v>Que je te veux conter par le droit bien permis</v>
<v>Qu’ont de causer entre eux deux paisibles amis.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Prisonnier d’un bureau, je connais le plaisir</v>
<v>De goûter, tous les soirs, un moment de loisir.</v>
<v>Je rentre lentement chez moi, je me délasse</v>
<v>Aux cris des écoliers qui sortent de la classe;</v>
<v>Je traverse un jardin, où j’écoute, en marchant,</v>
<v>Les adieux que les nids font au soleil couchant,</v>
<v>Bruit pareil à celui d’une immense friture.</v>
<v>Content comme un enfant qu’on promène en voiture,</v>
<v>Je regarde, j’admire, et sens avec bonheur</v>
<v>Que j’ai toujours la foi naïve du flâneur.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>C’est vrai, j’aime Paris d’une amitié malsaine;</v>
<v>J’ai partout le regret des vieux bords de la Seine.</v>
<v>Devant la vaste mer, devant les pics neigeux,</v>
<v>Je rêve d’un faubourg plein d’enfance et de jeux,</v>
<v>D’un coteau tout pelé d’où ma Muse s’applique</v>
<v>À noter les tons fins d’un ciel mélancolique,</v>
<v>D’un bout de Bièvre, avec quelques champs oubliés,</v>
<v>Où l’on tend une corde aux troncs des peupliers</v>
<v>Pour y faire sécher la toile et la flanelle,</v>
<v>Ou d’un coin pour pêcher dans l’île de Grenelle.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>J’adore la banlieue avec ses champs en friche</v>
<v>Et ses vieux murs lépreux, où quelque ancienne affiche</v>
<v>Me parle de quartiers dès longtemps démolis.</v>
<v>Ô vanité! Le nom du marchand que j’y lis</v>
<v>Doit orner un tombeau dans le Père-Lachaise.</v>
<v>Je m’attarde. Il n’est rien ici qui ne me plaise,</v>
<v>Même les pissenlits frissonnant dans un coin.</v>
<v>Et puis, pour regagner les maisons déjà loin,</v>
<v>Dont le couchant vermeil fait flamboyer les vitres,</v>
<v>Je prends un chemin noir semé d’écailles d’huîtres.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Le soir, au coin du feu, j’ai pensé bien des fois</v>
<v>À la mort d’un oiseau, quelque part, dans les bois.</v>
<v>Pendant les tristes jours de l’hiver monotone,</v>
<v>Les pauvres nids déserts, les nids qu’on abandonne,</v>
<v>Se balancent au vent sur un ciel gris de fer.</v>
<v>Oh! comme les oiseaux doivent mourir l’hiver!</v>
<v>Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,</v>
<v>Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes</v>
<v>Dans le gazon d’avril, où nous irons courir.</v>
<v id="_ftnref1">Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir? <a type="note" l:href="#_ftn1">[1]</a></v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>N’êtes-vous pas jaloux en voyant attablés,</v>
<v>Dans un gai cabaret entre deux champs de blés,</v>
<v>Les soirs d’été, des gens du peuple sous la treille?</v>
<v>Moi, devant ces amants se parlant à l’oreille</v>
<v>Et que ne gêne pas le père, tout entier</v>
<v>À l’offre d’un lapin que fait le gargotier,</v>
<v>Devant tous ces dîneurs, gais de la nappe mise,</v>
<v>Ces joueurs de bouchon en manches de chemise,</v>
<v>Cœurs satisfaits pour qui les dimanches sont courts,</v>
<v>J’ai regret de porter du drap noir tous les jours.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Vous en rirez. Mais j’ai toujours trouvé touchants</v>
<v>Ces couples de pioupious qui s’en vont par les champs,</v>
<v>Côte à côte, épluchant l’écorce de baguettes</v>
<v>Qu’ils prirent aux bosquets des prochaines guinguettes.</v>
<v>Je vois le sous-préfet présidant le bureau,</v>
<v>Le paysan qui tire un mauvais numéro,</v>
<v>Les rubans au chapeau, le sac sur les épaules,</v>
<v>Et les adieux naïfs, le soir, auprès des saules,</v>
<v>À celle qui promet de ne pas oublier</v>
<v>En s’essuyant les yeux avec son tablier.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Un rêve de bonheur qui souvent m’accompagne,</v>
<v>C’est d’avoir un logis donnant sur la campagne,</v>
<v>Près des toits, tout au bout du faubourg prolongé,</v>
<v>Où je vivrais ainsi qu’un ouvrier rangé.</v>
<v>C’est là, me semble-t-il, qu’on ferait un bon livre.</v>
<v>En hiver, l’horizon des coteaux blancs de givre;</v>
<v>En été, le grand ciel et l’air qui sent les bois;</v>
<v>Et les rares amis, qui viendraient quelquefois</v>
<v>Pour me voir, de très loin, pourraient me reconnaître,</v>
<v>Jouant du flageolet, assis à ma fenêtre.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Quand sont finis le feu d’artifice et la fête,</v>
<v>Morne comme une armée après une défaite,</v>
<v>La foule se disperse. Avez-vous remarqué</v>
<v>Comme est silencieux ce peuple fatigué?</v>
<v>Ils s’en vont tous, portant de lourds enfants qui geignent,</v>
<v>Tandis qu’en infectant des lampions s’éteignent.</v>
<v>On n’entend que le rythme inquiétant des pas;</v>
<v>Le ciel est rouge; et c’est sinistre, n’est-ce pas?</v>
<v>Ce fourmillement noir dans ces étroites rues</v>
<v>Qu’assombrit le regret des splendeurs disparues!</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>C’est un boudoir meublé dans le goût de l’Empire,</v>
<v>Jaune, tout en velours d’Utrecht. On y respire</v>
<v>Le charme un peu vieillot de l’Abbaye-aux-Bois:</v>
<v>Croix d’honneur sous un verre et petits meubles droits,</v>
<v>Deux portraits, – une dame en turban qui regarde</v>
<v>Un pompeux colonel des lanciers de la garde</v>
<v>En grand costume, peint par le baron Gérard, –</v>
<v>Plus une harpe auprès d’un piano d’Érard,</v>
<v>Qui dut accompagner bien souvent, j’imagine,</v>
<v>Ce qu’Alonzo disait à la tendre Imogine.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Champêtres et lointains quartiers, je vous préfère</v>
<v>Sans doute par les nuits d’été, quand l’atmosphère</v>
<v>S’emplit de l’odeur forte et tiède des jardins;</v>
<v>Mais j’aime aussi vos bals en plein vent d’où, soudains,</v>
<v>S’échappent les éclats de rire à pleine bouche,</v>
<v>Les polkas, le hochet des cruchons qu’on débouche,</v>
<v>Les gros verres trinquant sur les tables de bois,</v>
<v>Et, parmi le chaos des rires et des voix</v>
<v>Et du vent fugitif dans les ramures noires,</v>
<v>Le grincement rythmé des lourdes balançoires.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Le Grand-Montrouge est loin, et le dur charretier</v>
<v>A mené sa voiture à Paris, au chantier,</v>
<v>Pleine de lourds moellons, par les chemins de boue;</v>
<v>Et voici que, marchant à côté de la roue,</v>
<v>Il revient, écoutant, de fatigue abreuvé,</v>
<v>Le pas de son cheval qui frappe le pavé.</v>
<v>Et moi, j’envie, au fond de mon cœur, ce pauvre homme;</v>
<v>Car lui, du moins, il a bon appétit, bon somme,</v>
<v>Il vit sa rude vie ainsi qu’un animal,</v>
<v>Et l’automne qui vient ne lui fait pas de mal.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>J’écris près de la lampe. Il fait bon. Rien ne bouge.</v>
<v>Toute petite, en noir, dans le grand fauteuil rouge,</v>
<v>Tranquille auprès du feu, ma vieille mère est là;</v>
<v>Elle songe sans doute au mal qui m’exila</v>
<v>Loin d’elle, l’autre hiver, mais sans trop d’épouvante,</v>
<v>Car je suis sage et reste au logis, quand il vente.</v>
<v>Et puis, se souvenant qu’en octobre la nuit</v>
<v>Peut fraîchir, vivement et sans faire de bruit,</v>
<v>Elle met une bûche au foyer plein de flammes.</v>
<v>Ma mère, sois bénie entre toutes les femmes!</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Volupté des parfums! – Oui, toute odeur est fée.</v>
<v>Si j’épluche, le soir, une orange échauffée,</v>
<v>Je rêve de théâtre et de profonds décors;</v>
<v>Si je brûle un fagot, je vois, sonnant leurs cors,</v>
<v>Dans la forêt d’hiver les chasseurs faire halte;</v>
<v>Si je traverse enfin ce brouillard que l’asphalte</v>
<v>Répand, infect et noir, autour de son chaudron,</v>
<v>Je me crois sur un quai parfumé de goudron,</v>
<v>Regardant s’avancer, blanche, une goélette</v>
<v>Parmi les diamants de la mer violette.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Noces du samedi! noces où l’on s’amuse,</v>
<v>Je vous rencontre au bois où ma flâneuse Muse</v>
<v>Entend venir de loin les cris facétieux</v>
<v>Des femmes en bonnet et des gars en messieurs</v>
<v>Qui leur donnent le bras en fumant un cigare,</v>
<v>Tandis qu’en un bosquet le marié s’égare,</v>
<v>Souvent imberbe et jeune, ou parfois mûr et veuf,</v>
<v>Et tout fier de sentir sur sa manche en drap neuf,</v>
<v>Chef-d’œuvre d’un tailleur-concierge de Montrouge,</v>
<v>Sa femme, en robe blanche, étaler sa main rouge.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>L’école. Des murs blancs, des gradins noirs, et puis</v>
<v>Un christ en bois orné de deux rameaux de buis.</v>
<v>La sœur de charité, rose sous sa cornette,</v>
<v>Fait la classe, tenant sous son regard honnête</v>
<v>Vingt fillettes du peuple en simple bonnet rond.</v>
<v>La bonne sœur! Jamais on ne lit sur son front</v>
<v>L’ennui de répéter les choses cent fois dites!</v>
<v>Et, sur les premiers bancs, où sont les plus petites,</v>
<v>Elle ne veut pas voir tous les yeux épier</v>
<v>Un hanneton captif marchant sur du papier.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Depuis que son garçon est parti pour la guerre,</v>
<v>La veuve met les deux couverts comme naguère,</v>
<v>Sert la soupe, remplit un grand verre de vin,</v>
<v>Puis, sur le seuil, attend qu’un envoyé divin,</v>
<v>Un pauvre, passe là pour qu’elle le convie.</v>
<v>Il en vient tous les jours. Donc son fils est en vie,</v>
<v>Et la vieille maman prend sa peine en douceur.</v>
<v>Mais l’épicier d’en face est un libre penseur</v>
<v>Et songe: – «Peut-on croire à de telles grimaces?</v>
<v>Les superstitions abrutissent les masses.»</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Il a neigé la veille et, tout le jour, il gèle.</v>
<v>Le toit, les ornements de fer et la margelle</v>
<v>Du puits, le haut des murs, les balcons, le vieux banc,</v>
<v>Sont comme ouatés, et, dans le jardin, tout est blanc.</v>
<v>Le grésil a figé la nature, et les branches</v>
<v>Sur un doux ciel perlé dressent leurs gerbes blanches.</v>
<v>Mais regardez. Voici le coucher de soleil.</v>
<v>À l’occident plus clair court un sillon vermeil.</v>
<v>Sa soudaine lueur féerique nous arrose,</v>
<v>Et les arbres d’hiver semblent de corail rose.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>De la rue on entend sa plaintive chanson.</v>
<v>Pâle et rousse, le teint plein de taches de son,</v>
<v>Elle coud, de profil, assise à sa fenêtre.</v>
<v>Très sage et sachant bien qu’elle est laide peut-être,</v>
<v>Elle a son dé d’argent pour unique bijou.</v>
<v>Sa chambre est nue, avec des meubles d’acajou.</v>
<v>Elle gagne deux francs, fait de la lingerie</v>
<v>Et jette un sou quand vient l’orgue de Barbarie.</v>
<v>Tous les voisins lui font leur bonjour le plus gai</v>
<v>Qui leur vaut son petit sourire fatigué.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Dans ces bals qu’en hiver les mères de famille</v>
<v>Donnent à des bourgeois pour marier leur fille,</v>
<v>En faisant circuler assez souvent, pas trop,</v>
<v>Les petits-fours avec les verres de sirop,</v>
<v>Presque toujours la plus jolie et la mieux mise,</v>
<v>Celle qui plaît et montre une grâce permise,</v>
<v>Est sans dot, – voulez-vous en tenir le pari? –</v>
<v>Et ne trouvera pas, pauvre enfant, un mari.</v>
<v>Et son père, officier en retraite, pas riche,</v>
<v>Dans un coin, fait son whist à quatre sous la fiche.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Comme à cinq ans on est une grande personne,</v>
<v>On lui disait parfois: «Prends ton frère, mignonne,»</v>
<v>Et, fière, elle portait dans ses bras le bébé,</v>
<v>Quels soins alors! L’enfant n’était jamais tombé.</v>
<v>Très grave, elle jouait à la petite mère.</v>
<v>Hélas! le nouveau-né fut un ange éphémère.</v>
<v>On prit sur son berceau mesure d’un cercueil;</v>
<v>Et la sœur de cinq ans a des habits de deuil,</v>
<v>Ne parle ni ne joue et, très préoccupée,</v>
<v>Se dit: «Je n’aime plus maintenant ma poupée.»</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Je rêve, tant Paris m’est parfois un enfer,</v>
<v>D’une ville très calme et sans chemin de fer,</v>
<v>Où, chez le sous-préfet, en vieux garçon affable,</v>
<v>Je lirais, au dessert, mon épître ou ma fable.</v>
<v>On se dirait tout bas, comme un mignon péché,</v>
<v>Un quatrain très mordant que j’aurais décoché.</v>
<v>Là, je conserverais de vagues hypothèques.</v>
<v>On voudrait mon avis pour les bibliothèques;</v>
<v>Et j’y rétablirais, disciple consolé,</v>
<v>Nos maîtres, Esménard, Lebrun, Chênedollé.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Assis, les pieds pendants, sous l’arche du vieux pont,</v>
<v>Et sourd aux bruits lointains à qui l’écho répond,</v>
<v>Le pêcheur suit des yeux le petit flotteur rouge.</v>
<v>L’eau du fleuve pétille au soleil. Rien ne bouge.</v>
<v>Le liège soudain fait un plongeon trompeur,</v>
<v>La ligne saute. – Avec un hoquet de vapeur</v>
<v>Passe un joyeux bateau tout pavoisé d’ombrelles;</v>
<v>Et, tandis que les flots apaisent leurs querelles,</v>
<v>L’homme, un instant tiré de son rêve engourdi,</v>
<v>Met une amorce neuve et songe: – Il est midi.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Malgré ses soixante ans, le joyeux invalide</v>
<v>Sur sa jambe de bois est encore solide.</v>
<v>Quand il touche l’argent de sa croix, un beau soir,</v>
<v>Il s’en va, son repas serré dans un mouchoir,</v>
<v>Et, vers le Champ de Mars, entraîne à la barrière,</v>
<v>Un conscrit, le bonnet de police en arrière;</v>
<v>Et là, plein d’abandon, vers le pousse-café,</v>
<v>Son bâton à la main, le bonhomme échauffé</v>
<v>Conte au jeune soldat et lui rend saisissable</v>
<v>La bataille d’Isly qu’il trace sur le sable.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>De même que Rousseau jadis fondait en pleurs</v>
<v>À ces seuls mots: «Voilà de la pervenche en fleurs,»</v>
<v>Je sais tout le plaisir qu’un souvenir peut faire.</v>
<v>Un rien, l’heure qu’il est, l’état de l’atmosphère,</v>
<v>Un battement de cœur, un parfum retrouvé,</v>
<v>Me rendent un bonheur autrefois éprouvé.</v>
<v>C’est fugitif, pourtant la minute est exquise.</v>
<v>Et c’est pourquoi je suis très heureux à ma guise</v>
<v>Lorsque, dans le quartier que je sais, je puis voir</v>
<v>Un calme ciel d’octobre, à cinq heures du soir.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Le printemps est charmant dans le Jardin des Plantes.</v>
<v>Les cris des animaux, les odeurs violentes</v>
<v>Des arbres et des fleurs exotiques dans l’air,</v>
<v>Cette création, sous un ciel pur et clair,</v>
<v>Tout cela fait penser au paradis terrestre;</v>
<v>Et tout en écoutant, sous un sapin alpestre,</v>
<v>Le grondement profond des lions en courroux,</v>
<v>On regarde, devant les naïfs tourlourous,</v>
<v>Tendant la trompe, avec ses airs de gros espiègle,</v>
<v>L’éléphant engloutir les nombreux pains de seigle.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>En plein soleil, le long du chemin de halage,</v>
<v>Quatre percherons blancs, vigoureux attelage,</v>
<v>Tirent péniblement, en butant du sabot,</v>
<v>Le lourd bateau qui fend l’onde de l’étambot;</v>
<v>Près d’eux, un charretier marche dans la poussière.</v>
<v>La main au gouvernail, sur le pont, à l’arrière,</v>
<v>N’écoutant pas claquer le brutal fouet de cuir,</v>
<v>Et regardant la rive et les nuages fuir,</v>
<v>Fume le marinier, sans se fouler la rate.</v>
<v>– «Le peuple et le tyran!» me dit un démocrate.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Près du rail, où souvent passe comme un éclair</v>
<v>Le convoi furieux et son cheval de fer,</v>
<v>Tranquille, l’aiguilleur vit dans sa maisonnette.</v>
<v>Par la fenêtre, on voit l’intérieur honnête,</v>
<v>Tel que le voyageur fiévreux doit l’envier.</v>
<v>C’est la femme parfois qui se tient au levier,</v>
<v>Portant sur un seul bras son enfant qui l’embrasse.</v>
<v>Jetant un sifflement atroce, le train passe</v>
<v>Devant l’humble logis qui tressaille au fracas.</v>
<v>Et le petit enfant ne se dérange pas.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>L’allée est droite et longue, et sur le ciel d’hiver</v>
<v>Se dressent hardiment les grands arbres de fer,</v>
<v>Vieux ormes dépouillés dont le sommet se touche.</v>
<v>Tout au bout, le soleil, large et rouge, se couche.</v>
<v>À l’horizon il va plonger dans un moment.</v>
<v>Pas un oiseau. Parfois un léger craquement</v>
<v>Dans les taillis déserts de la forêt muette;</v>
<v>Et là-bas, cheminant, la noire silhouette,</v>
<v>Sur le globe empourpré qui fond comme un lingot,</v>
<v>D’une vieille à bâton, ployant sous son fagot.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Hier, sur la grand’route où j’ai passé près d’eux,</v>
<v>Les jeunes sourds-muets s’en allaient deux par deux,</v>
<v>Sérieux, se montrant leurs mains toujours actives.</v>
<v>Un instant j’observai leurs mines attentives</v>
<v>Et j’écoutai le bruit que faisaient leurs souliers.</v>
<v>Je restai seul. La brise en haut des peupliers</v>
<v>Murmurait doucement un long frisson de fête;</v>
<v>Chaque buisson jetait un trille de fauvette,</v>
<v>Et les grillons joyeux chantaient dans les bleuets.</v>
<v>Je penserai souvent aux pauvres sourds-muets.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>Comme le champ de foire est désert, la baraque</v>
<v>N’est pas ouverte, et sur son perchoir, le macaque</v>
<v>Cligne ses yeux méchants et grignote une noix</v>
<v>Entre la grosse caisse et le chapeau chinois ;</v>
<v>Et deux bons paysans sont là, bouche béante,</v>
<v>Devant la toile peinte où l’on voit la géante,</v>
<v>Telle qu’elle a paru jadis devant les cours,</v>
<v>Soulevant décemment ses jupons un peu courts</v>
<v>Pour qu’on ne puisse pas supposer qu’elle triche,</v>
<v>Et montrant son mollet à l’empereur d’Autriche.</v>
</stanza>
</poem>
<p>* * * * *</p>
<poem>
<stanza>
<v>J’écris ces vers, ainsi qu’on fait des cigarettes,</v>
<v>Pour moi, pour le plaisir; et ce sont des fleurettes</v>
<v>Que peut-être il valait bien mieux ne pas cueillir;</v>
<v>Car cette impression qui m’a fait tressaillir,</v>
<v>Ce tableau d’un instant rencontré sur ma route,</v>
<v>Ont-ils un charme enfin pour celui qui m’écoute?</v>
<v>Je ne le connais pas. Pour se plaire à ceci,</v>
<v>Est-il comme moi-même un rêveur endurci?</v>
<v>Ne peut-il se fâcher qu’on lui prête ce rôle?</v>
<v>– Fi donc! lecteur, tu lis par-dessus mon épaule.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256752">II</p>
</title>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256753">Mon père</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Tenez, lecteur! – souvent, tout seul, je me promène</v>
<v>Au lieu qui fut jadis la barrière du Maine.</v>
<v>C’est laid, surtout depuis le siège de Paris.</v>
<v>On a planté d’affreux arbustes rabougris</v>
<v>Sur ces longs boulevards où naguère des ormes</v>
<v>De deux cents ans croisaient leurs ramures énormes.</v>
<v>Le mur d’octroi n’est plus; le quartier se bâtit.</v>
<v>Mais c’est là que jadis, quand j’étais tout petit,</v>
<v>Mon père me menait, enfant faible et malade,</v>
<v>Par les couchants d’été faire une promenade.</v>
<v>C’est sur ces boulevards déserts, c’est dans ce lieu</v>
<v>Que cet homme de bien, pur, simple et craignant Dieu,</v>
<v>Qui fut bon comme un saint, naïf comme un poète,</v>
<v>Et qui, bien que très pauvre, eut toujours l’âme en fête,</v>
<v>Au fond d’un bureau sombre après avoir passé</v>
<v>Tout le jour, se croyant assez récompensé</v>
<v>Par la douce chaleur qu’au cœur nous communique</v>
<v>La main d’un dernier-né, la main d’un fils unique,</v>
<v>C’est là qu’il me menait. Tous deux nous allions voir</v>
<v>Les longs troupeaux de bœufs marchant vers l’abattoir,</v>
<v>Et quand mes petits pieds étaient assez solides,</v>
<v>Nous poussions quelquefois jusques aux Invalides,</v>
<v>Où, mêlés aux badauds descendus des faubourgs,</v>
<v>Nous suivions la retraite et les petits tambours.</v>
<v>Et puis enfin, à l’heure où la lune se lève,</v>
<v>Nous prenions pour rentrer la route la plus brève;</v>
<v>On montait au cinquième étage, lentement;</v>
<v>Et j’embrassais alors mes trois sœurs et maman,</v>
<v>Assises et cousant auprès d’une bougie.</v>
<v>– Eh bien, quand m’abandonne un instant l’énergie,</v>
<v>Quand m’accable par trop le spleen décourageant,</v>
<v>Je retourne, tout seul, à l’heure du couchant,</v>
<v>Dans ce quartier paisible où me menait mon père;</v>
<v>Et du cher souvenir toujours le charme opère.</v>
<v>Je songe à ce qu’il fit, cet homme de devoir,</v>
<v>Ce pauvre fier et pur, à ce qu’il dut avoir</v>
<v>De résignation patiente et chrétienne</v>
<v>Pour gagner notre pain, tâche quotidienne,</v>
<v>Et se priver de tout, sans se plaindre jamais.</v>
<v>– Au chagrin qui me frappe alors je me soumets,</v>
<v>Et je sens remonter à mes lèvres surprises</v>
<v>Les prières qu’il m’a dans mon enfance apprises.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256754">Compliment</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Tous ces jours-ci, mes chers lecteurs, je désirais,</v>
<v>Tel un petit garçon qui, frisé tout exprès,</v>
<v>Présente son rouleau noué d’un ruban rose,</v>
<v>Vous offrir un joli compliment – vers ou prose –</v>
<v>Pour l’an qui, cette nuit, naquit et commença.</v>
<v>Mais, quand j’étais enfant – oh! pas plus haut que ça! –</v>
<v>Dans ce genre déjà je n’ai pas fait merveille.</v>
<v>Le texte qu’à l’école on nous donnait, la veille,</v>
<v>Et qu’il fallait, le soir, au logis copier,</v>
<v>M’effrayait. J’ai noirci, depuis, bien du papier;</v>
<v>Mais c’étaient mes débuts dans la littérature.</v>
<v>Ces phrases, réclamant ma plus belle écriture,</v>
<v>Étaient alors, pour moi, pleines de «mots d’auteur».</v>
<v>Sur mon grand tabouret, pour être à la hauteur</v>
<v>Du pupitre, j’avais un Boiste en deux volumes;</v>
<v>Devant moi, sur la table, un encrier, des plumes,</v>
<v>Plus un bristol orné d’un beau feston doré</v>
<v>Et fleuri d’un petit bouquet peinturluré.</v>
<v>Devant ce grand travail, que j’étais mal à l’aise!</v>
<v>Fallait-il adopter la bâtarde ou l’anglaise?</v>
<v>Que faire? Je mouillais ma plume avec effroi;</v>
<v>Je songeais au tableau du passage Jouffroy,</v>
<v>Où monsieur Favarger mit trois ans de sa vie,</v>
<v>Chef-d’œuvre et dernier mot de la calligraphie,</v>
<v>Qui montre aux gens, par un tel art humiliés,</v>
<v>Le «Lion d’Androclès» en «pleins» et «déliés»;</v>
<v>Et, le dos rond, roulant les yeux, tirant la langue,</v>
<v>Je transcrivais alors ma petite harangue.</v>
</stanza>
</poem>
<poem>
<stanza>
<v>Pas mal le «Chers parents, à qui je dois le jour».</v>
<v>Mais, lorsque j’arrivais au «cœur rempli d’amour»,</v>
<v>Comment écrire «cœur»? «Cœur», un mot difficile!…</v>
<v>Je m’agitais et, comme un petit imbécile,</v>
<v>Je me mettais, avec des gestes consternés,</v>
<v>De l’encre au bout des doigts, de l’encre au bout du nez.</v>
<v>Alors, j’étais perdu. Les fautes d’orthographe</v>
<v>Pleuvaient. Je signais mal et ratais mon paraphe,</v>
<v>Et sur mes beaux souhaits de joie et de santé</v>
<v>Je laissais choir enfin un monstrueux pâté.</v>
</stanza>
</poem>
<poem>
<stanza>
<v>C’était affreux!</v>
</stanza>
</poem>
<poem>
<stanza>
<v>Pourtant, plein d’une angoisse énorme,</v>
<v>Le lendemain, avec ce manuscrit informe,</v>
<v>Quand je me présentais devant mes bons parents,</v>
<v>Ils prenaient le papier, ouvraient les yeux tout grands,</v>
<v>S’écriaient: «C’est superbe!» et, sans dédains ni moues,</v>
<v>Embrassaient tendrement leur fils sur les deux joues.</v>
<v>Oui, ma page illisible, ils semblaient l’admirer.</v>
</stanza>
</poem>
<poem>
<stanza>
<v>Et l’on ouvrait l’armoire, et j’en voyais tirer</v>
<v>Des trésors, un tambour, un fusil à capsules!</v>
<v>Et je m’en emparais, joyeux et sans scrupules,</v>
<v>Ne sachant pas alors – pour l’enfant tout est beau –</v>
<v>Pourquoi mon père avait toujours un vieux chapeau</v>
<v>Et pourquoi la maman, sainte parmi les saintes,</v>
<v>Portait des gants flétris et des jupes reteintes.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Aux humbles, comme moi nés dans la pauvreté,</v>
<v>Je souhaite d’abord avec sincérité,</v>
<v>Quand la nouvelle année entreprend sa carrière,</v>
<v>Le pain quotidien de la vieille prière;</v>
<v>Et puis, pour qu’ils ne soient jamais trop malheureux,</v>
<v>Je leur souhaite encor de bien s’aimer entre eux.</v>
<v>Du pain et de l’amour! Tout est là. Le pauvre homme</v>
<v>N’a vraiment pas le droit de trop se plaindre, en somme,</v>
<v>Si, du berceau d’osier au cercueil de sapin,</v>
<v>Toute sa vie, il a de l’amour et du pain.</v>
<v>Mes honnêtes parents n’eurent pas davantage;</v>
<v>Mais la bonté régnait dans leur cœur sans partage.</v>
<v>Des sentiments profonds ils ont connu le prix,</v>
<v>Et, si je sais aimer, c’est qu’ils me l’ont appris.</v>
<v>Et tel riche, donnant de splendides étrennes,</v>
<v>N’éprouve pas leur joie en ces heures sereines,</v>
<v>Quand ils payaient, ayant épargné quelques sous,</v>
<v>Mon mauvais compliment par de pauvres joujoux.</v>
<v>Mes amis, en ce jour qui groupe la famille,</v>
<v>Si cher que soit le pain, si peu que le feu brille,</v>
<v>Épanouissez-vous, ne devenez pas durs.</v>
<v>Quand les enfants viendront vous tendre leurs fronts purs,</v>
<v>À défaut de cadeaux, comblez-les de caresses.</v>
<v>Entretenez en eux le foyer des tendresses,</v>
<v>Comme, en soufflant dessus, on rallume un charbon.</v>
<v>Le méchant souffre, et presque aucun homme n’est bon</v>
<v>Que grâce aux souvenirs de son enfance aimée,</v>
<v>Dont son âme demeure à jamais parfumée.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256755">Morceau à quatre mains</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Le salon s’ouvre sur le parc</v>
<v>Où les grands arbres, d’un vert sombre,</v>
<v>Unissent leurs rameaux en arc</v>
<v>Sur les gazons qu’ils baignent d’ombre.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Si je me retourne soudain</v>
<v>Dans le fauteuil où j’ai pris place,</v>
<v>Je revois encor le jardin</v>
<v>Qui se reflète dans la glace;</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Et je goûte l’amusement</v>
<v>D’avoir, à gauche comme à droite,</v>
<v>Deux parcs, pareils absolument,</v>
<v>Dans la porte et la glace étroite.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Par un jeu charmant du hasard,</v>
<v>Les deux jeunes sœurs, très exquises,</v>
<v>Pour jouer un peu de Mozart,</v>
<v>Au piano se sont assises.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Comme les deux parcs du décor,</v>
<v>Elles sont tout à fait pareilles;</v>
<v>Les quatre mêmes bijoux d’or</v>
<v>Scintillent à leurs quatre oreilles.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>J’examine autant que je veux,</v>
<v>Grâce aux yeux baissés sur les touches,</v>
<v>La même fleur sur leurs cheveux,</v>
<v>La même fleur sur leurs deux bouches;</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Et parfois, pour mieux regarder,</v>
<v>Beaucoup plus que pour mieux entendre,</v>
<v>Je me lève et viens m’accouder</v>
<v>Au piano de palissandre.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256756">Adagio</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>La rue était déserte et donnait sur les champs.</v>
<v>Quand j’allais voir l’été les beaux soleils couchants</v>
<v>Avec le rêve aimé qui partout m’accompagne,</v>
<v>Je la suivais toujours pour gagner la campagne,</v>
<v>Et j’avais remarqué que, dans une maison</v>
<v>Qui fait l’angle et qui tient, ainsi qu’une prison,</v>
<v>Fermée au vent du soir son étroite persienne,</v>
<v>Toujours à la même heure, une musicienne</v>
<v>Mystérieuse, et qui sans doute habitait là,</v>
<v>Jouait l’adagio de la sonate en <emphasis>la.</emphasis></v>
<v>Le ciel se nuançait de vert tendre et de rose.</v>
<v>La rue était déserte; et le flâneur morose</v>
<v>Et triste, comme sont souvent les amoureux,</v>
<v>Qui passait, l’œil fixé sur les gazons poudreux,</v>
<v>Toujours à la même heure, avait pris l’habitude</v>
<v>D’entendre ce vieil air dans cette solitude.</v>
<v>Le piano chantait sourd, doux, attendrissant,</v>
<v>Rempli du souvenir douloureux de l’absent</v>
<v>Et reprochant tout bas les anciennes extases.</v>
<v>Et moi, je devinais des fleurs dans de grands vases,</v>
<v>Des parfums, un profond et funèbre miroir,</v>
<v>Un portrait d’homme à l’œil fier, magnétique et noir,</v>
<v>Des plis majestueux dans les tentures sombres,</v>
<v>Une lampe d’argent, discrète, sous les ombres,</v>
<v>Le vieux clavier s’offrant dans sa froide pâleur,</v>
<v>Et, dans cette atmosphère émue, une douleur</v>
<v>Épanouie au charme ineffable et physique</v>
<v>Du silence, de la fraîcheur, de la musique.</v>
<v>Le piano chantait toujours plus bas, plus bas.</v>
<v>Puis, un certain soir d’août, je ne l’entendis pas.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Depuis, je mène ailleurs mes promenades lentes.</v>
<v>Moi qui hais et qui fuis les foules turbulentes,</v>
<v>Je regrette parfois ce vieux coin négligé.</v>
<v>Mais la vieille ruelle a, dit-on, bien changé:</v>
<v>Les enfants d’alentour y vont jouer aux billes,</v>
<v>Et d’autres pianos l’emplissent de quadrilles.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256757">L’amazone</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Devant le frais cottage au gracieux perron,</v>
<v>Sous la porte que timbre un tortil de baron,</v>
<v>Debout entre les deux gros vases de faïence,</v>
<v>L’amazone, déjà pleine d’impatience,</v>
<v>Apparaît, svelte et blonde, et portant sous son bras</v>
<v>Sa lourde jupe, avec un charmant embarras.</v>
<v>Le fin drap noir étreint son corsage, et le moule;</v>
<v>Le mignon chapeau d’homme, autour duquel s’enroule</v>
<v>Un voile blanc, lui jette une ombre sur les yeux.</v>
<v>La badine de jonc au pommeau précieux</v>
<v>Frémit entre les doigts de la jeune élégante,</v>
<v>Qui s’arrête un moment sur le seuil et se gante.</v>
<v>Agitant les lilas en fleur, un vent léger</v>
<v>Passe dans ses cheveux et les fait voltiger,</v>
<v>Blonde auréole autour de son front envolée:</v>
<v>Et, gros comme le poing, au milieu de l’allée</v>
<v>De sable roux semé de tout petits galets,</v>
<v>Le groom attend et tient les deux chevaux anglais.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Et moi, flâneur qui passe et jette par la grille</v>
<v>Un regard enchanté sur cette jeune fille,</v>
<v>Et m’en vais sans avoir même arrêté le sien,</v>
<v>J’imagine un bonheur calme et patricien,</v>
<v>Où cette noble enfant me serait fiancée;</v>
<v>Et déjà je m’enivre à la seule pensée</v>
<v>Des clairs matins d’avril où je galoperais,</v>
<v>Sur un cheval très vif et par un vent très frais,</v>
<v>À ses côtés, lancé sous la frondaison verte.</v>
<v>Nous irions, par le bois, seuls, à la découverte;</v>
<v>Et, voulant une image au contraste troublant</v>
<v>Du long vêtement noir et du long voile blanc,</v>
<v>Je la comparerais, dans ma course auprès d’elle,</v>
<v>À quelque fugitive et sauvage hirondelle.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256758">Ritournelle</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Dans la plaine blonde et sous les allées,</v>
<v>Pour mieux faire accueil au doux messidor,</v>
<v>Nous irons chasser les choses ailées,</v>
<v>Moi, la strophe, et toi, les papillons d’or.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Et nous choisirons les routes tentantes,</v>
<v>Sous les saules gris et près des roseaux,</v>
<v>Pour mieux écouter les choses chantantes,</v>
<v>Moi, le rythme, et toi, le chœur des oiseaux.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Suivant tous les deux les rives charmées</v>
<v>Que le fleuve bat de ses flots parleurs,</v>
<v>Nous vous trouverons, choses parfumées,</v>
<v>Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Et l’amour, servant notre fantaisie,</v>
<v>Fera, ce jour-là, l’été plus charmant:</v>
<v>Je serai poète, et toi poésie;</v>
<v>Tu seras plus belle, et moi plus aimant.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256759">La ferme</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>La maison, aujourd’hui ferme, jadis château,</v>
<v>A bon air. Un fossé l’entoure; un vieux bateau,</v>
<v>Plein de feuillage mort, pourrit là, sous le saule.</v>
<v>Par l’étroit pont de pierre où la volaille piaule</v>
<v>Répondant à grands cris aux canards du fossé,</v>
<v>Et par la voûte sombre au cintre surbaissé,</v>
<v>On entre dans la cour spacieuse et carrée</v>
<v>Que jonchent le fumier et la paille dorée.</v>
<v>Avant le déjeuner, parfois j’en fais le tour.</v>
<v>Je regarde rentrer les bêtes de labour,</v>
<v>Gros chevaux pommelés, les pieds velus, la queue</v>
<v>Troussée, avec le lourd collier de laine bleue,</v>
<v>Le gland rouge à l’oreille, et le grossier harnais.</v>
<v>Je fus un paysan jadis, je m’y connais,</v>
<v>Je parle aux laboureurs, je leur dis ma recette</v>
<v>Pour extirper du blé la nielle et la luzette</v>
<v>Et que le temps humide est meilleur pour faucher.</v>
<v>La grosse cuisinière alors vient me chercher;</v>
<v>Je rentre dans la salle à manger confortable</v>
<v>Où je trouve Suzanne arrangeant sur la table</v>
<v>Les fruits de la saison dans un grand plat de Gien.</v>
<v>On déjeune gaîment. Quelquefois le vieux chien</v>
<v>Qu’on tolère au logis, car il n’est plus ingambe,</v>
<v>Vient poser en grondant sa gueule sur ma jambe</v>
<v>Pour avoir un morceau qu’il avale d’un coup.</v>
<v>En prenant le café, nous fumons, pas beaucoup.</v>
<v>Puis mes hôtes vont voir leurs travaux de campagne,</v>
<v>Ils prennent le panier, et je les accompagne.</v>
<v>La voiture d’osier a trois places. Devant,</v>
<v>La chère blonde, avec son voile brun au vent,</v>
<v>– Tandis que le papa maintient au trot Cocotte, –</v>
<v>Se retourne, voulant mettre dans la capote</v>
<v>Son parasol doublé de vert et ses bouquets.</v>
<v>Moi, derrière, occupant le siège du laquais,</v>
<v>Pour l’aider je m’incline, et je la touche presque.</v>
<v>– Et nous suivons alors un chemin pittoresque,</v>
<v>Où souvent, par-dessus les grands épis penchés,</v>
<v>Nous regardent de loin les pointes des clochers.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256760">La cueillette des cerises</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Espiègle! j’ai bien vu tout ce que vous faisiez,</v>
<v>Ce matin, dans le champ planté de cerisiers</v>
<v>Où seule vous étiez, nu-tête, en robe blanche.</v>
<v>Caché par le taillis, j’observais. Une branche,</v>
<v>Lourde sous les fruits mûrs, vous barrait le chemin</v>
<v>Et se trouvait à la hauteur de votre main.</v>
<v>Or, vous avez cueilli des cerises vermeilles,</v>
<v>Coquette! et les avez mises à vos oreilles,</v>
<v>Tandis qu’un vent léger dans vos boucles jouait.</v>
<v>Alors, vous asseyant pour cueillir un bleuet</v>
<v>Dans l’herbe, et puis un autre, et puis un autre encore,</v>
<v>Vous les avez piqués dans vos cheveux d’aurore;</v>
<v>Et, les bras recourbés sur votre front fleuri,</v>
<v>Assise dans le vert gazon, vous avez ri;</v>
<v>Et vos joyeuses dents jetaient une étincelle.</v>
<v>Mais pendant ce temps-là, ma belle demoiselle,</v>
<v>Un seul témoin, qui vous gardera le secret,</v>
<v>Tout heureux de vous voir heureuse, comparait,</v>
<v>Sur votre frais visage animé par les brises,</v>
<v>Vos regards aux bleuets, vos lèvres aux cerises.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256761">Le rêve du poète</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Ce serait sur les bords de la Seine. Je vois</v>
<v>Notre chalet, voilé par un bouquet de bois.</v>
<v>Un hamac au jardin, un bateau sur le fleuve.</v>
<v>Pas d’autre compagnon qu’un chien de Terre-Neuve</v>
<v>Qu’elle aimerait et dont je serais bien jaloux.</v>
<v>Des faïences à fleurs pendraient après des clous;</v>
<v>Puis beaucoup de chapeaux de paille et des ombrelles.</v>
<v>Sous leurs papiers chinois les murs seraient si frêles</v>
<v>Que même, en travaillant, à travers la cloison</v>
<v>Je l’entendrais toujours errer par la maison</v>
<v>Et traîner dans l’étroit escalier sa pantoufle.</v>
<v>Les miroirs de ma chambre auraient senti son souffle</v>
<v>Et souvent réfléchi son visage, charmés.</v>
<v>Elle aurait effleuré tout de ses doigts aimés.</v>
<v>Et ces bruits, ces reflets, ces parfums, venant d’elle,</v>
<v>Ne me permettraient pas d’être une heure infidèle.</v>
<v>Enfin, quand, poursuivant un vers capricieux,</v>
<v>Je serais là, pensif et la main sur les yeux,</v>
<v>Elle viendrait, sachant pourtant que c’est un crime,</v>
<v>Pour lire mon poème et me souffler ma rime,</v>
<v>Derrière moi, sans bruit, sur la pointe des pieds.</v>
<v>Moi, qui ne veux pas voir mes secrets épiés,</v>
<v>Je me retournerais avec un air farouche;</v>
<v>Mais son gentil baiser me fermerait la bouche.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>– Et dans les bois voisins, inondés de rayons,</v>
<v>Précédés du gros chien, nous nous promènerions,</v>
<v>Moi, vêtu de coutil, elle, en toilette blanche,</v>
<v>Et j’envelopperais sa taille, et sous sa manche</v>
<v>Ma main caresserait la rondeur de son bras.</v>
<v>On ferait des bouquets, et, quand nous serions las</v>
<v>On rejoindrait, toujours suivis du chien qui jappe,</v>
<v>La table mise, avec des roses sur la nappe,</v>
<v>Près du bosquet criblé par le soleil couchant;</v>
<v>Et, tout en s’envoyant des baisers en mangeant,</v>
<v>Tout en s’interrompant pour se dire: Je t’aime!</v>
<v>On assaisonnerait des fraises à la crème,</v>
<v>Et l’on bavarderait comme des étourdis</v>
<v>Jusqu’à ce que la nuit descende…</v>
</stanza>
<stanza>
<v>– Ô Paradis!</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256762">La mémoire</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Souvent, lorsque la main sur les yeux, je médite,</v>
<v>Elle m’apparaît, svelte et la tête petite,</v>
<v>Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.</v>
<v>Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,</v>
<v>La chère vision que malgré moi j’ai fuie?</v>
<v>Qu’est auprès de son teint la rose après la pluie?</v>
<v>Peut-on comparer même au chant du bengali</v>
<v>Son exotique accent, si clair et si joli?</v>
<v>Est-il une grenade entr’ouverte qui rende</v>
<v>L’incarnat de sa bouche adorablement grande?</v>
<v>Oui, les astres sont purs, mais aucun dans les cieux,</v>
<v>Aucun n’est éclatant et pur comme ses yeux;</v>
<v>Et l’antilope errant sous le taillis humide</v>
<v>N’a pas ce long regard lumineux et timide.</v>
<v>Ah! devant tant de grâce et de charme innocent,</v>
<v>Le poète qui veut décrire est impuissant;</v>
<v>Mais l’amant peut du moins s’écrier: «Sois bénie,</v>
<v>Ô faculté sublime à l’égal du génie,</v>
<v>Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix,</v>
<v>Et qui fais qu’exilé loin d’elle, je la vois!»</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256763">Réponse</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>«Mais je l’ai vu si peu!» disiez-vous l’autre jour. –</v>
<v>Et moi, vous ai-je vue en effet davantage?</v>
<v>En un moment mon cœur s’est donné sans partage.</v>
<v>Ne pouvez-vous ainsi m’aimer à votre tour?</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Pour monter d’un coup d’aile au sommet de la tour,</v>
<v>Pour emplir de clartés l’horizon noir d’orage,</v>
<v>Et pour nous enchanter de son puissant mirage,</v>
<v>Quel temps faut-il à l’aigle, à l’éclair, à l’amour?</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Je vous ai vue à peine, et vous m’êtes ravie!</v>
<v>Mais à vous mériter je consacre ma vie</v>
<v>Et du sombre avenir j’accepte le défi.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Pour s’aimer faut-il donc tellement se connaître,</v>
<v>Puisque, pour allumer le feu qui me pénètre,</v>
<v>Chère âme, un seul regard de vos yeux a suffi?</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256764">À un ange gardien</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Mon rêve, par l’amour redevenu chrétien,</v>
<v>T’évoque à ses côtés, ô doux ange gardien,</v>
<v>Divin et pur esprit, compagnon invisible</v>
<v>Qui veilles sur cette âme innocente et paisible!</v>
<v>N’est-ce pas, beau soldat des phalanges de Dieu,</v>
<v>Qui, pour la protéger, fais toujours, en tout lieu,</v>
<v>Sur l’adorable enfant planer ton ombre ailée,</v>
<v>Que ta chaste personne est moins immaculée,</v>
<v>Que ton regard, reflet des immenses azurs,</v>
<v>Et que le feu qui brille à ton front, sont moins purs,</v>
<v>Dans leur sublime essence au paradis conquise,</v>
<v>Que le cœur virginal de cette enfant exquise?</v>
<v>Ô toi qui de la voir as toujours la douceur,</v>
<v>Bel ange, n’est-ce pas qu’elle est comme ta sœur?</v>
<v>Ô céleste témoin qui sais que sa pensée</v>
<v>Par une humble prière au matin commencée</v>
<v>Dans ses rêves du soir est plus naïve encor,</v>
<v>N’est-ce pas qu’en voyant s’abaisser ses cils d’or</v>
<v>Sur ses yeux ingénus comme ceux des gazelles,</v>
<v>Tu t’étonnes parfois qu’elle n’ait pas des ailes?</v>
<v>Mon rêve, par l’amour redevenu chrétien,</v>
<v>T’évoque à ses côtés, ô doux ange gardien,</v>
<v>Divin et pur esprit, compagnon invisible</v>
<v>Qui veilles sur cette âme innocente et paisible!</v>
<v>N’est-ce pas, beau soldat des phalanges de Dieu,</v>
<v>Qui, pour la protéger, fais toujours, en tout lieu,</v>
<v>Sur l’adorable enfant planer ton ombre ailée,</v>
<v>Que ta chaste personne est moins immaculée,</v>
<v>Que ton regard, reflet des immenses azurs,</v>
<v>Et que le feu qui brille à ton front, sont moins purs,</v>
<v>Dans leur sublime essence au paradis conquise,</v>
<v>Que le cœur virginal de cette enfant exquise?</v>
<v>Ô toi qui de la voir as toujours la douceur,</v>
<v>Bel ange, n’est-ce pas qu’elle est comme ta sœur?</v>
<v>Ô céleste témoin qui sais que sa pensée</v>
<v>Par une humble prière au matin commencée</v>
<v>Dans ses rêves du soir est plus naïve encor,</v>
<v>N’est-ce pas qu’en voyant s’abaisser ses cils d’or</v>
<v>Sur ses yeux ingénus comme ceux des gazelles,</v>
<v>Tu t’étonnes parfois qu’elle n’ait pas des ailes?</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256765">Romance</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Quand vous me montrez une rose</v>
<v>Qui s’épanouit sous l’azur,</v>
<v>Pourquoi suis-je alors plus morose?</v>
<v>Quand vous me montrez une rose,</v>
<v>C’est que je pense à son front pur.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Quand vous me montrez une étoile,</v>
<v>Pourquoi les pleurs, comme un brouillard,</v>
<v>Sur mes yeux jettent-ils leur voile?</v>
<v>Quand vous me montrez une étoile,</v>
<v>C’est que je pense à son regard.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Quand vous me montrez l’hirondelle</v>
<v>Qui part jusqu’au prochain avril,</v>
<v>Pourquoi mon âme se meurt-elle</v>
<v>Quand vous me montrez l’hirondelle,</v>
<v>C’est que je pense à mon exil.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256766">Lettre</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Non, ce n’est pas en vous «un idéal» que j’aime,</v>
<v>C’est vous tout simplement, mon enfant, c’est vous-même.</v>
<v>Telle Dieu vous a faite, et telle je vous veux.</v>
<v>Et rien ne m’éblouit, ni l’or de vos cheveux,</v>
<v>Ni le feu sombre et doux de vos larges prunelles,</v>
<v>Bien que ma passion ait pris sa source en elles.</v>
<v>Comme moi, vous devez avoir plus d’un défaut;</v>
<v>Pourtant c’est vous que j’aime et c’est vous qu’il me faut.</v>
<v>Je ne poursuis pas là de chimère impossible;</v>
<v>Non, non! Mais seulement, si vous êtes sensible</v>
<v>Au sentiment profond, pur, fidèle et sacré,</v>
<v>Que j’ai conçu pour vous et que je garderai,</v>
<v>Et si nous triomphons de ce qui nous sépare,</v>
<v>Le rêve, chère enfant, où mon esprit s’égare,</v>
<v>C’est d’avoir à toujours chérir et protéger</v>
<v>Vous comme vous voilà, vous sans y rien changer.</v>
<v>Je vous sais le cœur bon, vous n’êtes point coquette;</v>
<v>Mais je ne voudrais pas que vous fussiez parfaite,</v>
<v>Et le chagrin qu’un jour vous me pourrez donner,</v>
<v>J’y tiens pour la douceur de vous le pardonner.</v>
<v>Je veux joindre, si j’ai le bonheur que j’espère,</v>
<v>À l’ardeur de l’amant l’indulgence du père</v>
<v>Et devenir plus doux quand vous me ferez mal.</v>
<v>Voyez, je ne mets pas en vous «un idéal»,</v>
<v>Et de l’humanité je connais la faiblesse;</v>
<v>Mais je vous crois assez de cœur et de noblesse</v>
<v>Pour espérer que, grâce à mon effort constant,</v>
<v>Vous m’aimerez un peu, moi qui vous aime tant!</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256767">Février</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Hélas! dis-tu, la froide neige</v>
<v>Recouvre le sol et les eaux;</v>
<v>Si le bon Dieu ne les protège,</v>
<v>Le printemps n’aura plus d’oiseaux!</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Rassure-toi, tendre peureuse;</v>
<v>Les doux chanteurs n’ont point péri.</v>
<v>Sous plus d’une racine creuse</v>
<v>Ils ont un chaud et sûr abri.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Là, se serrant l’un contre l’autre</v>
<v>Et blottis dans l’asile obscur,</v>
<v>Pleins d’un espoir pareil au nôtre,</v>
<v>Ils attendent l’Avril futur;</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Et, malgré la bise qui passe</v>
<v>Et leur jette en vain ses frissons,</v>
<v>Ils répètent à voix très basse</v>
<v>Leurs plus amoureuses chansons.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Ainsi, ma mignonne adorée,</v>
<v>Mon cœur où rien ne remuait,</v>
<v>Avant de t’avoir rencontrée,</v>
<v>Comme un sépulcre était muet;</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Mais quand ton cher regard y tombe,</v>
<v>Aussi pur qu’un premier beau jour,</v>
<v>Tu fais jaillir de cette tombe</v>
<v>Tout un essaim de chants d’amour.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256768">Avril</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Lorsqu’un homme n’a pas d’amour,</v>
<v>Rien du printemps ne l’intéresse;</v>
<v>Il voit même sans allégresse,</v>
<v>Hirondelles, votre retour;</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Et, devant vos troupes légères</v>
<v>Qui traversent le ciel du soir,</v>
<v>Il songe que d’aucun espoir</v>
<v>Vous n’êtes pour lui messagères.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Chez moi ce spleen a trop duré,</v>
<v>Et quand je voyais dans les nues</v>
<v>Les hirondelles revenues,</v>
<v>Chaque printemps, j’ai bien pleuré.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Mais, depuis que toute ma vie</v>
<v>A subi ton charme subtil,</v>
<v>Mignonne, aux promesses d’Avril</v>
<v>Je m’abandonne et me confie.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Depuis qu’un regard bien-aimé</v>
<v>A fait refleurir tout mon être,</v>
<v>Je vous attends à ma fenêtre,</v>
<v>Chères voyageuses de Mai.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Venez, venez vite, hirondelles,</v>
<v>Repeupler l’azur calme et doux,</v>
<v>Car mon désir qui va vers vous</v>
<v>S’accuse de n’avoir pas d’ailes.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256769">Mai</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Depuis un mois, chère exilée,</v>
<v>Loin de mes yeux tu t’en allas,</v>
<v>Et j’ai vu fleurir les lilas</v>
<v>Avec ma peine inconsolée.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Seul, je fuis ce ciel clair et beau</v>
<v>Dont l’ardent effluve me trouble,</v>
<v>Car l’horreur de l’exil se double</v>
<v>De la splendeur du renouveau.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>En vain j’entends contre les vitres,</v>
<v>Dans la chambre où je m’enfermai,</v>
<v>Les premiers insectes de Mai</v>
<v>Heurter leurs maladroits élytres;</v>
</stanza>
<stanza>
<v>En vain le soleil a souri;</v>
<v>Au printemps je ferme ma porte</v>
<v>Et veux seulement qu’on m’apporte</v>
<v>Un rameau de lilas fleuri;</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Car l’amour dont mon âme est pleine</v>
<v>Retrouve, parmi ses douleurs,</v>
<v>Ton regard dans ces chères fleurs</v>
<v>Et dans leur parfum ton haleine.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256770">Juin</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Dans cette vie ou nous ne sommes</v>
<v>Que pour un temps si tôt fini,</v>
<v>L’instinct des oiseaux et des hommes</v>
<v>Sera toujours de faire un nid;</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Et d’un peu de paille ou d’argile</v>
<v>Tous veulent se construire, un jour,</v>
<v>Un humble toit, chaud et fragile,</v>
<v>Pour la famille et pour l’amour.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Par les yeux d’une fille d’Ève</v>
<v>Mon cœur profondément touché</v>
<v>Avait fait aussi ce doux rêve</v>
<v>D’un bonheur étroit et caché.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Rempli de joie et de courage,</v>
<v>À fonder mon nid je songeais;</v>
<v>Mais un furieux vent d’orage</v>
<v>Vient d’emporter tous mes projets;</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Et sur mon chemin solitaire</v>
<v>Je vois, triste et le front courbé,</v>
<v>Tous mes espoirs brisés à terre</v>
<v>Comme les œufs d’un nid tombé.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256771">Août</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Par les branches désordonnées</v>
<v>Le coin d’étang est abrité,</v>
<v>Et là poussent en liberté</v>
<v>Campanules et graminées.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Caché par le tronc d’un sapin,</v>
<v>J’y vais voir, quand midi flamboie,</v>
<v>Les petits oiseaux pleins de joie</v>
<v>Se livrer au plaisir du bain.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Aussi vifs que des étincelles,</v>
<v>Ils sautillent de l’onde au sol,</v>
<v>Et l’eau, quand ils prennent leur vol,</v>
<v>Tombe en diamants de leurs ailes.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Mais mon cœur lassé de souffrir</v>
<v>En les admirant les envie,</v>
<v>Eux qui ne savent de la vie</v>
<v>Que chanter, aimer et mourir!</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256772">Décembre</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Le hibou parmi les décombres</v>
<v>Hurle, et Décembre va finir;</v>
<v>Et le douloureux souvenir</v>
<v>Sur ton cœur jette encor ses ombres.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Le vol de ces jours que tu nombres,</v>
<v>L’aurais-tu voulu retenir?</v>
<v>Combien seront, dans l’avenir,</v>
<v>Brillants et purs; et combien, sombres?</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Laisse donc les ans s’épuiser.</v>
<v>Que de larmes pour un baiser,</v>
<v>Que d’épines pour une rose!</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Le temps qui s’écoule fait bien;</v>
<v>Et mourir ne doit être rien,</v>
<v>Puisque vivre est si peu de chose.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256773">III</p>
</title>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256774">En faction</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Sur le rempart, portant mon lourd fusil de guerre,</v>
<v>Je vous revois, pays que j’explorais naguère,</v>
<v>Montrouge, Gentilly, vieux hameaux oubliés</v>
<v>Qui cachez vos toits bruns parmi les peupliers.</v>
<v>Je respire, surpris, sombre ruisseau de Bièvre,</v>
<v>Ta forte odeur de cuir et tes miasmes de fièvre.</v>
<v>Je vous suis du regard, pauvres coteaux pelés,</v>
<v>Tels encor que jadis je vous ai contemplés,</v>
<v>Et dans ce ciel connu, mon souvenir s’étonne</v>
<v>De retrouver les tons exquis d’un soir d’automne;</v>
<v>Et mes yeux sont mouillés des larmes de l’adieu.</v>
<v>Car mon rêve a souvent erré dans ce milieu</v>
<v>Que va bouleverser la dure loi du siège.</v>
<v>Jusqu’ici j’allongeais la chaîne de mon piège;</v>
<v>Triste captif, ayant Paris pour ma prison,</v>
<v>Longtemps ce fut ici pour moi tout l’horizon;</v>
<v>Ici j’ai pris l’amour des couchants verts et roses;</v>
<v>Penché dès le matin sur des papiers moroses,</v>
<v>Dans une chambre où ma fantaisie étouffait,</v>
<v>C’est ici que souvent, le soir, j’ai satisfait,</v>
<v>À cette heure où la nuit monte au ciel et le gagne,</v>
<v>Mon désir de lointain, d’air libre et de campagne.</v>
<v>Me reprochera-t-on, dans cet affreux moment,</v>
<v>Un regret pour ce coin misérable et charmant?</v>
<v>Car il va disparaître à tout jamais. Sans doute,</v>
<v>Les boulets vont couper les arbres de la route;</v>
<v>Et l’humble cabaret où je me suis assis,</v>
<v>Incendié déjà, fume au pied du glacis;</v>
<v>Dans ce champ dépouillé, morne comme une tombe,</v>
<v>Il croule, abandonné. Regardez. Une bombe</v>
<v>A crevé ces vieux murs qui gênaient pour le tir:</v>
<v>Et, tels que mon regret qui ne veut pas partir,</v>
<v>Se brûlant au vieux toit, quelques pigeons fidèles</v>
<v>L’entourent, en criant, de leurs battements d’ailes.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256775">Le chien perdu</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Quand on rentre, le soir, par la cité déserte,</v>
<v>Regardant sur la boue humide, grasse et verte,</v>
<v>Les longs sillons du gaz tous les jours moins nombreux,</v>
<v>Souvent un chien perdu, tout crotté, morne, affreux,</v>
<v>Un vrai chien de faubourg, que son trop pauvre maître</v>
<v>Chassa d’un coup de pied en le pleurant peut-être,</v>
<v>Attache à vos talons obstinément son nez</v>
<v>Et vous lance un regard si vous vous retournez.</v>
<v>Quel regard! long, craintif, tout chargé de caresse,</v>
<v>Touchant comme un regard de pauvre ou de maîtresse,</v>
<v>Mais sans espoir pourtant, avec cet air douteux</v>
<v>De femme dédaignée et de pauvre honteux.</v>
<v>Si vous vous arrêtez, il s’arrête, et, timide,</v>
<v>Agite faiblement sa queue au poil humide.</v>
<v>Sachant bien que son sort en vous est débattu,</v>
<v>Il semble dire: – Allons, emmène-moi, veux-tu?</v>
<v>On est ému, pourtant on manque de courage;</v>
<v>On est pauvre soi-même, on a peur de la rage,</v>
<v>Enfin, mauvais, on fait la mine de lever</v>
<v>Sa canne, on dit au chien: «Veux-tu bien te sauver!»</v>
<v>Et, tout penaud, il va faire son offre à d’autres.</v>
<v>La sinistre rencontre! et quels temps sont les nôtres!</v>
<v>Et quel mal nous ont fait ces féroces Prussiens,</v>
<v>Que les plus pauvres gens abandonnent leurs chiens</v>
<v>Et que, distrait du deuil public, il faille encore</v>
<v>Plaindre ces animaux dont le regard implore!</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256776">Tableau rural</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Au village, en juillet. Un soleil accablant.</v>
<v>Ses lunettes au nez, le vieux charron tout blanc</v>
<v>Répare, près du seuil, un timon de charrue.</v>
<v>Le curé tout à l’heure a traversé la rue,</v>
<v>Nu-tête. Les trois quarts ont sonné, puis plus rien,</v>
<v>Sauf monsieur le marquis, un gros richard terrien,</v>
<v id="_ftnref2">Qui passe, en berlingot <a type="note" l:href="#_ftn2">[2]</a> et la pipe à la bouche,</v>
<v>Et qui, pour délivrer sa jument d’une mouche,</v>
<v>Lance des claquements de fouet très campagnards</v>
<v>Et fait fuir, effarés, coqs, poules et canards.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256777">Croquis de banlieue</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>L’homme, en manches de veste, et sous son chapeau noir,</v>
<v>À cause du soleil, ayant mis son mouchoir,</v>
<v>Tire gaillardement la petite voiture,</v>
<v>Pour faire prendre l’air à sa progéniture,</v>
<v>Deux bébés, l’un qui dort, l’autre suçant son doigt.</v>
<v>La femme suit et pousse, ainsi qu’elle le doit,</v>
<v>Très lasse, et sous son bras portant la redingote;</v>
<v>Et l’on s’en va dîner dans une humble gargote</v>
<v>Où sur le mur est peint – vous savez? à Clamart! –</v>
<v>Un lapin mort, avec trois billes de billard.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256778">Cheval de Renfort</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Le cheval qu’a jadis réformé la remonte</v>
<v>Est là, près du trottoir du long faubourg qui monte,</v>
<v>Pour qu’on l’attelle en flèche au prochain omnibus.</v>
<v>Il a cet air navré des animaux fourbus,</v>
<v>Sous son sale harnais qui traîne par derrière.</v>
<v>Mais lorsque, précédés d’une marche guerrière,</v>
<v>Des soldats font venir les femmes aux balcons,</v>
<v>Il se souvient alors du sixième dragon</v>
<v>Et du soleil luisant sur les lattes vermeilles;</v>
<v>Et le vieux vétéran redresse les oreilles.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256779">Au bord de la Marne</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>C’est régate à Joinville. On tire le pétard.</v>
<v>Les cinq canots, deux en avant, trois en retard,</v>
<v>Partent, et de soleil la rivière est criblée.</v>
<v>Sur la berge, là-bas, la foule est assemblée,</v>
<v>Et la gendarmerie est en pantalon blanc.</v>
<v>– Et l’on prévoit, ce soir, les rameurs s’attablant</v>
<v>Au cabaret, les chants des joyeuses équipes,</v>
<v>Les nocturnes bosquets constellés par les pipes,</v>
<v>Et les papillons noirs qui, dans l’air échauffé,</v>
<v>Se brûlent au cognac flambant sur le café.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256780">Rythme des vagues</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>J’étais assis devant la mer sur le galet.</v>
<v>Sous un ciel clair, les flots d’un azur violet,</v>
<v>Après s’être gonflés en accourant du large,</v>
<v>Comme un homme accablé d’un fardeau s’en décharge,</v>
<v>Se brisaient devant moi, rythmés et successifs</v>
<v>J’observais ces paquets de mer lourds et massifs</v>
<v>Qui marquaient d’un hourra leurs chutes régulières</v>
<v>Et puis se retiraient en râlant sur les pierres.</v>
<v>Et ce bruit m’enivrait; et pour écouter mieux</v>
<v>Je me voilai la face et je fermai les yeux.</v>
<v>Alors, en entendant les lames sur la grève</v>
<v>Bouillonner et courir, et toujours, et sans trêve</v>
<v>S’écrouler en faisant ce fracas cadencé,</v>
<v>Moi, l’humble observateur du rythme, j’ai pensé</v>
<v>Qu’il doit être en effet une chose sacrée,</v>
<v>Puisque Celui qui sait, qui commande et qui crée,</v>
<v>N’a tiré du néant ces moyens musicaux,</v>
<v>Ces falaises au roc creusé par les échos,</v>
<v>Ces sonores cailloux, ces stridents coquillages,</v>
<v>Incessamment heurtés et roulés sur les plages</v>
<v>Par la vague, pendant tant de milliers d’hivers,</v>
<v>Que pour que l’Océan nous récitât des vers.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256781">Matin d’octobre</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>C’est l’heure exquise et matinale</v>
<v>Que rougit un soleil soudain.</v>
<v>À travers la brume automnale</v>
<v>Tombent les feuilles du jardin.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Leur chute est lente. On peut les suivre</v>
<v>Du regard en reconnaissant</v>
<v>Le chêne à sa feuille de cuivre,</v>
<v>L’érable à sa feuille de sang.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Les dernières, les plus rouillées,</v>
<v>Tombent des branches dépouillées:</v>
<v>Mais ce n’est pas l’hiver encor.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Une blonde lumière arrose</v>
<v>La nature, et, dans l’air tout rose,</v>
<v>On croirait qu’il neige de l’or.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256782">Musée de marine</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Au Louvre, je vais voir ces délicats modèles</v>
<v>Qui montrent aux oisifs les richesses d’un port,</v>
<v>Je connais l’armement des vaisseaux de haut-bord</v>
<v>Et la voilure des avisos-hirondelles.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>J’aime cette flottille avec ses bagatelles,</v>
<v>Le carré d’Océan qui lui sert de support,</v>
<v>Ses petits canons noirs se montrant au sabord,</v>
<v>Et ses mille haubans fins comme des dentelles.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Je suis un loup de mer et sais apprécier</v>
<v>Le blindage de cuivre et les ancres d’acier:</v>
<v>Car tous ces riens de bois, de ficelle et de liège</v>
</stanza>
<stanza>
<v>M’ont souvent fait trouver les dimanches bien courts.</v>
<v>Et, forçat de Paris dès longtemps pris au piège,</v>
<v>C’est là que j’ai rêvé le voyage au long cours.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256783">Nostalgie parisienne</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Bon Suisse expatrié, la tristesse te gagne,</v>
<v>Loin de ton Alpe blanche aux éternels hivers;</v>
<v>Et tu songes alors aux prés de fleurs couverts,</v>
<v>À la corne du pâtre, au loin, dans la montagne.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Lassé parfois, je fuis la ville comme un bagne,</v>
<v>Et son ciel fin, miré dans la Seine aux flots verts.</v>
<v>Mais c’est là que mes yeux d’enfant se sont ouverts,</v>
<v>Et le mal du pays me prend, à la campagne.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Le vrai fils de Paris ne regrette pas moins</v>
<v>Le relent du pavé que, toi, l’odeur des foins.</v>
<v>Montagnard nostalgique, – il faut que tu le saches, –</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Mon cœur, comme le tien, fidèle et casanier,</v>
<v>Souffre en exil, et l’air strident du fontainier</v>
<v>Me ferait fondre en pleurs ainsi qu’un Ranz des Vaches.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256784">IV</p>
</title>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256785">À mes jeunes camarades, aux équipiers du Club nautique de Chatou</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Jadis, la Seine était verte et pure à Saint-Ouen,</v>
<v>Et, dans cette banlieue aujourd’hui sale et rêche,</v>
<v>J’ai canoté, j’ai même essayé de la pêche.</v>
<v>Le lieu semblait alors champêtre. Que c’est loin!</v>
</stanza>
<stanza>
<v>On dînait là. Le beurre, au cabaret du coin,</v>
<v>Était rance, et le vin fait de bois de campêche.</v>
<v>Mais les charmants retours, sur l’eau, dans la nuit fraîche,</v>
<v>Quand, sur les prés fauchés, flottait l’odeur du foin!</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Oh! quels vieux souvenirs et comme le temps marche!</v>
<v>Pourtant je vois encor le couchant, sous une arche,</v>
<v>Refléter ses rubis dans les flots miroitants.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Amis, embarquez-moi sur vos bateaux à voiles,</v>
<v>Par un beau soir, à l’heure où naissent les étoiles,</v>
<v>Afin que je revive un peu de mes vingt ans.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
<section>
<title>
<p id="_Toc98256786">Écrit sur l’Album des Chats d’Henriette Ronner</p>
</title>
<poem>
<stanza>
<v>Je regarde, en ce bel album paru d’hier,</v>
<v>Ces chats pris sur le vif avec un talent rare.</v>
<v>Jamais il ne fut mieux compris, je le déclare,</v>
<v>Le tigre familier, caressant quoique fier.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Vos félins sont exquis, Henriette Ronner.</v>
<v>Je les admire et, non sans orgueil, les compare</v>
<v>Au charmant angora dont mon logis se pare</v>
<v>Et qui vient de vêtir sa fourrure d’hiver.</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Comme vous, pour les chats j’ai tant de sympathies!</v>
<v>Chez moi, j’ai vu régner de longues dynasties</v>
<v>De ces rois fainéants au pelage soyeux:</v>
</stanza>
<stanza>
<v>Et, dans mon calme coin de vieux célibataire,</v>
<v>Toujours les chats prudents, les chats silencieux</v>
<v>Promènent leur beauté, leur grâce et leur mystère.</v>
</stanza>
</poem>
</section>
</section>
</body>
<body name="notes">
<section xmlns:l="http://www.w3.org/1999/xlink" id="_ftn1">
<p><a l:href="#_ftnref1">[1]</a> Collen Mac Culloughs a repris ce vers pour le titre de son roman <emphasis>Les oiseaux se cachent pour mourir</emphasis></p>
</section>
<section xmlns:l="http://www.w3.org/1999/xlink" id="_ftn2">
<p><a l:href="#_ftnref2">[2]</a> Voiture à cheval</p>
</section>
</body>
<binary content-type="image/jpeg" id="pic_1.jpg">/9j/4AAQSkZJRgABAQEAyADIAAD/2wBDAAoHBwgHBgoICAgLCgoLDhgQDg0NDh0VFhEYIx8lJCIfIiEmKzcvJik0KSEiMEExNDk7Pj4+JS5ESUM8SDc9Pjv/2wBDAQoLCw4NDhwQEBw7KCIoOzs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozs7Ozv/wAARCAHCARsDASIAAhEBAxEB/8QAGwAAAgMBAQEAAAAAAAAAAAAAAQIAAwQFBgf/xAA4EAABAwMDAwMCBQQBBAMBAQABAAIRAyExBBJBBVFhEyJxgZEGMkKhsRTB0eFSFSND8DNTYvGC/8QAGQEBAQEBAQEAAAAAAAAAAAAAAAECAwQF/8QAIREBAQEBAAIDAQEAAwAAAAAAAAERAiExAxJBUSITYXH/2gAMAwEAAhEDEQA/APW+gxomBCX0G7pLQncHPMxZOJ2zGTdfMe0jaDIwo7TMcLhXNnxKcdsKoy/0rJwiNM29lqIBH90Q0DITFZRQA/SFPTHIC1ECcJHtbkYUwU7GhtwLJdouI+iuLZb3+UIAtMopBSbFgERTGYCeYEFEADCmqqNMTBU9IHICsdJhEAnKJil1IePsh6A7BaCESxXTGb+naRgQgNMAT2nEYWoN+iIaJQxmFBoMwEfTGNo+y0EAEcpHCLnCDO6i12Wg3nCn9O0/pwtHyUDhQxR6LALtH2Q9Bs/lutAg24UgC3CqYpGnZf2j7KxtFgsGhMCM4TDJhFIaTI/KPslNBpP5QrgJkx9JUazcf7IKhp6dvaETQbwAr4gKAYsppjMaDb+0R8INY1jh7B9lqN0sCSFdTFbKVIiSCCidK0sLoaU4AAmJ4lQ1ms2sLvzGw7q6YyHRsyGpPRIttb9lscRMD9lW4ncbrOrgtbFkS2AmaPvyjnhVABPaUeJCgE5CO2/YKgtHKOFMfCYQoFIJEoWBAFini0oOJGFRWbDuq3E7oBTEjlIbc/RZtWJBJEqxgASN8BWDOVFGJPwgAcJgoYygABiyIk5RATAoEiQpGMpox5UiyoUixn7qp4It3Vrs/wBkhAJmfoiAGnvdRzCRayjCMTcJxcoqoMMDujttcccq0BA/MCUCBuPCYNAdcZQa2OE44mwRAiBESmF/IUtcA3RaZIkwgkWUN3f7UmcBSLTMFFSAcAnwoR9wraTwxsbo5wked79xETwteMRXHEi54QdSBZJEiZE905gWVZ9xBkiLRNllSlVOncYCtgTcKh7iHn2g+VBqaO6IbKAVgELbINaB2lEhQnhSIOFAMZRmFDBKAHdUEiVW8jCfj4VNQyZn5UqxWXX+VA0DlEGThFsYysqdjYTxdLzPZGYmUUYlAtJIuiHKA3jKiDgWCKgKhIVBAlC/IUEIk2QIW9kjgJynAjJv5QMIEa1o920Bxy7kpwIMyoBPCYYwghKhbbCbhAiyBA36BNBEcqD5uVC4DKAHMx9kQDbhKKhnwm3AERhVBtyPhEmDYoE2zwhkZuii28qT4+qG4YQq1QwARLnGygcCQq3D5TD2tibpXu9t7SgSZHlZXvhxEStEngLJUEVDIQdMCOLo7kGjspjhbZGJyFD8oTJ+FLQgkT8KEeVJhTKBSb4VVQSJVmTE3SOuIOPClhFTQAE30QIyUGkmLrLR2vBMc9kwkoKbpQPgJX1mUmF73Na1uSTEKnVaunpaRqVDYDHdeM6h1Krr653uIYT7WcBb44vVZ66nL13/AFvp5O0aplubrRS1lCtelWpv7w4WXz65viFa1xAIJgHhdr8M/rl/y19AbWpOO0VGk9g4Ji5eCp0q5pipTpucCbEcFbqH/VKJ3f1ZYZ/K924/a6xfjk/W53b+PWk+2TZQSePqvP0uuVKAPrubUJ4gNj9yi38TDd/8TB//AKP+Fj61r7R6NsRH7pxK49Dr1BwHrU3UgcEe5v8A79F06dZlVrXseHNdgtMhZssWWVY920JAW2ug6oA43VJeJUVcXNg3Sb5VLqg5Vfr3gYCqNTABM2hLvBcqxU3CxAS7gLwVRp2g8lG0wCqmugZTbhmUDgkHhKQGv3uEntKjDJkzKDvcfjKin3AvJwIULgf8qoAgYRIJ4+qgcC/hUvZ7zhXsb7YGVU8ODiFvE1e13MppyeySYGfhEeVUEIGxUmUHYkog5lCbISUfKgkwkeTBjJRsgTdBWeZN0gtzyrHNDpMX+EoHdSxdDdBQfVDGucbBomSiWhZddSNTQ1mNdt3MIk8WUxdeU6l1R+trucZDDYDwsTTF+Stmn6Jq9RTFSA0E23ZK3Uvw5W/VUB8Bev7cc+I8/wBeurtc1tNoc0F4AcPzZWmhSZQPqV3ExIaAMrs0fw7Tgb3Ta/8AKuf0GkYgkgCBOAuV+TW5xjmt6lRo0iyjTLW/ysVfqFetua0inT7tEkrvVOkUgWkNAa3iMrI/QaVh/wC43aJsACR9VmXn+NWVxBUp0w0+iZiRJ/f/ANhNT1cOG5jNvYN/utb+mjV1S8a6hIyJjbxYFZYOmrkbd9MewloBXaXmxysuuhS1FCvSLA59KDEk2+0WV1CtrdFVc+nS3hxlwacjv8rk0tT6VVrhTH/6E5XWdVJpsrUr0cw4TbkfT+Fz65+rfN129NqaWsoCrTdnInCtdTbP5j915yhrH0dY59KGgi7f+Q7rt6fU+qweoWjyDYrlY6SrfRaeSflJUpsZBDYHeUwqt3EQXR2/ylqPc4fkgT8qZV1GkBoi5lB4lsAQc2SVCdw9tu5SvJm0Ki/fAF7xEJw6DJPwsjdzXFzjYIhzqtQAzAwg2uf7QR//AFBhJNzcqt5ghpv8Jw8Nu728SQoNLRNpiFJbvgZ5WcVakgUwCMHcIKua0NubuIutSJo7trTIl3YLNUqVA8w23laRnIMWVT2jecfcqi0STKKA7IwiJgqKHKBdfCAkFSI+igcDe6k+VBIvZKQmnygTz2QIQSFNoMIxZAfZAIg+FzeoaumXCi0ggH3fK316np0H1LS1pK8u4VXkOIMm4JFlrEtdmnWDoC2UjbBXI07Xgjc7jhdGk7yZ+VzsajW0kumExLpHt/dUU3HByrbR7jH1RSv3RcAj5XL6m8MpkFjftcrpvLGgkEFcPrlamdMC0tucTha5m1OvTgVKocJlwMy0zb4TtqA1Gtc0CpwWWnss/tkhokG8K1lXbtbVPtAsW5b8L1/XI8328t9B1Ko306rC6TG6LsJWiiK1BztMyNrrtcRI8rnvmBVpneD+eLz5A/stmn1dGqGs9Ql7SNru/j5XDp1jJrNPWa0bqwAAlm0f3+q3dH1DX0W+o0l9I3m8t7/RXaql62m3AS5l9o57j6hchlR2j1LTTGRBnBBwfsnM+0W+K9yx7H0w5oxmyPtmwzwsXTK/qUywEd+62B3u7rDSuozc+eyp9Hc4un7q99VmwklBr/aDFkwVmlFuAM907Ke1koteHGIurXWZCYap23kOBjhEadznCZJbeJV1GlPuMq0T3/ZMCUqXps9xG5EzxdOXDgShuubKgTAx+ypfu3HP3V143QqnuG82UFlsIm90gyiCggk5UhQmAky6SUDzCIKCE3yoDMFThQmyUmyAyULFDdaykyVRh6pUhjKH/wBpv8BckUXmrtNaWAwO6q6vqqtLrb2vcS1oAaOwIXPr6+q0tYw7YvIXSc1zvT1lLStDBAHyn/pyLx9V49nWtdSgCufqux07rtV1Qeq6aYA3E8FTr47Gp3K7YaREymmLGCFGVDqGbqYBacOlZ61OrMCoG+IXLG9LqtbR07SSWheW1utp6yuQdrWnBJwVq63pq5HqOfIFrErkaepSIdRqNbFSzXT+U/4Xb4+ZmuffXnCeq0G5JMoO1GGhov3uqnkscQWgOFiFXuef0r1z087oaepVaIYN02hquqszWok72/npvEOB5t2XLpGq2oC2x7rqf12pZSaKjaVWMOmXBcepdbl8NOl6pUa5tQ3cDDm/8h3+f9K/W0qdbTtrUm+2ZB7A3j7yuMWmpuqD28xK06TVup7mOc4seLgKXn9izr8rs9F1rfVYCZeWlsG2Lr0FLc6kXPvPZeU6LTa3qrGkTLpb8QvY7GbNpAPhcu5ldeb4ZnbALiys9jqYDZMK4MY2wAF0dwhZaVUqQa+YvHKtIm0ICwRaROfKBoMQEdpKDXXsmvHkoFLQREIRGLoxf+ylxaLcoATGcLPUeN5t+6udBys7ne45UDiT4TDF0JUlATMJLgx+6a11IUBlSyAhGwQS6RxTT3SPugAfZHdyTCrNsBK5wEk2ACo8/wBZp09b1ql6Dw8lsPA4I/0uf1PRP07t3B5XrNDoKD9Q/VilBdg91V1jQerRcQ2R2Awuk7zHO8vENEvG6PstjaNTTAVmbX0nfqabfBWd9PbULSIgwutoOnUtVp3Oqkt9sN2mJPcrta5yOj0nV6Wo0EsaHxEDIXWqU6cSCV5Sj03VUa8tJEduV6TRtqPptFQXi64dSb4debf1HaUVmFpEg914vqOifotc+nAABltuF9ADNpsVwOtaQVq2/ZuAF9uQO6vx3Knc2PKOqPL3OdBJuSl9xvAK16ijTY6AAfINiqoizB9F65Zjz2KQ4tvhaKNVrwWlrSYsTP8AlD03EwGOLu0XRdTfSu9jm+HCFLlWFZUqNqDc0gi0FbWOpvYA8NaD+oC4P+Fkc6fMJmO2kEH7qWLK6vS2P0/U6AcW/mgOFxC9oBIncSvA6fUGnWpvb+kzB/he701QVabXtuHAH7heb5N1249LAxoMgSoWE/qynwMIxa65uir08STCfaGNsIKbCVxLnIFMyBGCnmGzyFXULomcI7iRhAS4E5wle8CIUc2cG/YIen5+qAE/VZ3GXG5WksbMwqnN9xiI8hASP9ot8I8IAd0BI/hQYRKWIUEOMoTJUKQuhASbpXuAHlTclcAQqELiqxTOpqelJ2i7j/ZJq6zdNpn1ScQB8kwt+hFMaZrmnIklVF7YptDW4CWptqUyJyrQA7lcrWV6mg1tMOM0KxgH/ieySaXw891XpbqOqL/0uMha+mUyyGOAgnvhdyvQp6qkJErANG6g63K39tmMfXK6Aosa1vtx3GFaCBgKinVOyDchOXWssNrWuBXP12nqAmrSEwJstIcZ5VzDOQkK8q3pdXqWoBp0vREDeCLLb/0nRaJ3pvp7yc9/vwvRsDRdogrNqhQp16UgepVJDZ5sSt/e3wz9Y8/1DVN6bSFPRadtN1S5ftmFK+j1o0DdW941lBwmpSeLgdweFbS19TRVKnTup0hU33Y/5P8AC9HTZSGgDYHplmFq364zJr59rtK3S12ik4uo1GCpTJzB7+VmldL8QAU9TRoNt6VFrSO2T/dcqTNl6OfMcb4q5hMgzfwvc9Crer09u4Q5gDT/AG/ZeEY8iHWsV7nocjTF/Dg3+J/uuPyunxumEZtygIIsVIPded3NwlLfKMXyhecoqEcRIS7YJtZOPlQxFr+ERWGE3wU0OM4CZDbF0UpkZVLidxsPsrnZKqc47jYFEAZ7iEQeIQSh0H4UFnwoTYJQTPhEmT8IFeliyDjJ8qTCBHjnsq3VEz3XyFS7uqE1FNuqoPo1B7XiD48rkVH9R0OmdSfqjSY2zXBhId9eF2QJxhcz8QvI0NOmP1VJ+w/2t8+8Y6/rLodX1Zv/AH9PWqVwD7mkz+xWrqms1ut0bKlSh6IpumOSrOiVmt07Wi0i626sNq0yCRcRCtvlJPCzpeqFfTMveFuezeJhea6eami1ZpE+03HkL0dOruYLLNnlqVS5m0xHKgNoVlRzThVGR2QOCOMhPvhUgkqF3cwg0+vsYXHPC5nWDqW/0mspsDzQeSYvlaKji+tp6LXQXuk/AE/zC6TNwA9oHdJ4PbhdV01Pren0tXTgirvgmMDmV1qlRmk0fvePToslx+FfUiJnaFw/xBVbU0RosdAN57lWeciXx5eS1uqfq9XV1D81HF3x4WcEk9lDcxKgHEyvZ+PMuoMfWqMptElzoC+haGkNPpGUhhogfC81+Fen+rXdqqo9rBDZ7lesIAsF5vl6247/ABzJpg4YlLvjKgRyPC4uol4Km77IfwoLSgM/Kk3xZQGbKEQYQTcRwoHFC8eVDhAQJyq3NG42VhHeyqcXbjdAuTlJ+XmUxPZKZm4UUZMQoTwkxkozayCEJTzCJKVx8KIqcbKpxuAmqGLqsXuVqBmmVi61RbU6c6o5+00jItniP3W0ESqOqtD+l12kxDdw+l1rn3GevTh6N+uNKaNFtVotMgQmqV+o0pc+g8DyJWfQV61J8U5AORC7rKzqlLa9uV1vi+nOeYwabWjVvZIh7bLv0nFrBK4L9I2jX9Rgj4XSp6iWBvIWLn41G7dJyiSBBlZBVi8ourAi6zitJfA5KqLx8/VZTqZtNlnfqiCebcK4aTX9Sqabq2mq0wXNptgtHnP9l19L1xmob7aVQO7ObAXFpt9SpucBcrrUWAK3MSavq1qtcjcYb2CwdRph1BxdYAWK6AANgMoVaIq0S1wkKTwvt5HQ9Kf1HW7GSKTTL3jhejp/hbprAd5qvPl0fwt2i07NLQDGNAm5tlXi61e7fSTmJp6FHS0hSoMDGjgK7hIERaFydFkIRdQFHcghgIAIF17KYQS4iEwuJKlrzYIh7bwcKbFxNoKMQoHjAKM28K6FOcqh7ZeTI+6vjuPuqXOG65/dBWRyUCYRcRPlISoDumyWUDco9lBCeVW4qw4lVuQVuuMKvCsOJVbrXWogCxWDrGoLWs04MB93eR2W4G653W9LV1FNmoogufSmW8kLfPtnr06PTWaWpRDQ1s/C2u0tMNO0BeK0/U62mdkrsUvxI004dkK3ixmdR0alJhMEXWMgNfEz8FYavWhUf7VX/Wb3bibT+yv1psdRzmtbJn4lZ3VyZgoUiytEuAPym9FoPfyoimS6clRrJi31WhlMDjK0MogiyKqoUYItK6FFpDQFTTYG4AWymObKVUDbSR8LTp2bw4ke0DnuqYNap6dKJ/UeGhbXuo6PSOe9wbTY0ucSorjaXqYfrqmhrN9OvTcWi9nfC6LTFl4HV9QfqOp1NY32uc/c3x2Xrul9RZ1DSCoLPbZ4HBW++M8s89a6QN0XFJNgclO0cxdcnQJlNNoKG26LRIlAOZTASZmPCBPtt90wuBZBLlENE4RFxeVI23CxZtaibINoF8In2xZV7QXSblO6wVkLQLjNhKpc6HGw+6uM4VDz7jZaQjsSVXYTmSe8pjJPhIbfCyDIAypu4SkTlI510FpNlWcqA2uoYiyAGSMJXDiE4MXQOMrURQWoBxafKdzr2hVuJlaZpNTodLrWkVqTQ8/+Rohw/wArg6v8P6vTkmiPXYOW5+y9EHXhXU5JW51YzeZXhC11Nxa9paRkEQrG1osup+Iers1FX+kpBpZTPufFyfBXH1FI6et6bj7gBPgkTC7zzPLlfFbKNci8/C6VCu4jMriUHjkrfQqe5c+o1K7NEzFlqbiy59CqHH/jBNltFRrZM2XOtxcIBk/yrNM2rrXltIltMGHVP7BJp9DU6gQ6qDT0/wBnP/0urUqafQaYvcW0aNMfACima2jo9OZcGMaJc5x/crxn4h/EJ6i46bTEt0zTc/8A2H/Cq67+IKnU3ejSmnpmmw5d5K4hcAu3x8Z5rn11viGE9lo0WtraDUCtRdfkHDh2WQO8ozfyutmuc8PoXTdfS6jphVp2P6m9itzAQAvn2n12o6ZTbUoVNjnmYixAXd0H4vpu2t1tLYT+tlx9l5uvjs9O87n69MoY+AqdNrNNrGB2nrNqAjg3V4yuToWO4TTaEDMIjlQEE4RwEgnlHdGbKiHuM8KEnlLu2/CBIBugYweVU5gLjIKcPk4QMyisriboQAP8oEiYJ5RyMSSohSbwqXu7XVpBwRKQsvi6iq/UIKvaS4JBTGEwG2IQRxhI50dkziq4k4WogGIVebpy1KQRn7rTINz5WbrHUv8Ap+i2tMVaohvgclGr1DSaT/5qoBHAyvL9U151+sdWNm4a3sF0452sddZD9H0o1nVKVI3G7c7yBdafxJpn0Oqvc4Q2qA9p/b+y3fgzSb9VW1LhIY0NHyV0fxno9/T6OoaL0n7T8H/YC6Xr/eMfX/OvGsMFa6VSDaFUzSvNMPAsn0+nq167aFFjn1HGA0BW+Ujo0K22IJJPAF16TpvSXv26jWtgC7aPbyf8Jui/h9mgaK2oIqajPhnx/ldDX6/T9O0zq+oeGtFgOXHsFwt25HWTPNNrNZR0GmdXrvDGNH38BeA6z1uv1av7iWUWn2Uwf3PlU9X6zqOq6re+W02/kpzZo/yuduv3Xbj4881z6730cnygTdIXXugCuuOZx8K3TU99USYAySqWyeMrVUHoaVo/XU/YKX+LFeorerVkTtFm/CTCWIRmLJhqylVqUagdTqFrhgtMQvUdM/E1ZjQzVs9Vv/MWP+15VrbhaqToFsrn3zK3zcfQtNrtPqxNGqCf+JyPotI8rwmlqPY8Oa4h3cFej0XVam0Nre8dxkLzWY7S664bfKhbP90tOq2qNzHSDwrOSVGlcd+EIk5Txcn+UpAyJQSIvhUuncYNlaQJSkmcIMopkv3E4xCeIPZOYSnEqBY8JS26cmyEDKgTbZA5TGyWUCuIyljlEyTErldZ6qNKz0KLh6jsnst8zbkZtxdreqabRy0ne8fpC4Gu6/qKzdlFopNPPK59R5cSXEknklZ3vF16ufjkcL3aV1RznEuMk8oNicqZEp6NM1arWNElxAHyV09MPoH4S0wo9Ga8i9Vxd/b+y6uv0jddoa2md/5GkA9jwfusjdXpelaOjp3OJexgDabBLjHhYtT1/qIYatDpvsbnfUBP2C8mW3Xo2SYw9F0L9RSqaZ9Pa+m7a+Rhek6b0nS9NYfRZ73fmqHJ/wBLkdM/FGle80dXRGke4zuj2k+ey7Gt6ppdBozq6tQFke3aZ3nsFevtpzmafqXUdP0zSu1GodAH5WjLj2C+cdU6tqOq6o1qzoaPyMGGhDqvVtR1bVGtWMNH5GTZoWHK7ccfXy5d9aOSEzKTqrtrYlVk3CsouLaoOF0/GBLabm2ljuxwVXsd8jwnrS2s4RF5CT1I/wD6rBfpqXqVJcdrW3cTwEtWqatUvwMN8BL673MLN1iAMdkJgWWf1Qc4hRvnKEzkIgXVRbSEn+FppiIJ+6poMnNleSW2iPnhc+q3I2UHCQL+F09NVuB+Y9guPpi6o4QYbP3Xb09KS07ceFw6dY6mmLmuBaYthdGnVDx2cO6wUWkAGVpAuCubo0jH+UBi/wAJaZJnkhOMTz2QT09xsCkdQcHRscnJn9R+hVeLBzh4BKDOScfuq3TGVYRBshs5UGVzzvDVcHHaEfTiTEEqbYKBSSR5Q+6sIlKYaCTgXlBh6prm6DSl+Xus0Lxdau+q91R5l7jJXQ63r/6vVkNJ2MMDyuU6IsvV8fOTXn762kc6VWcpzfKUmMrvHIJhaen12afV061VjntaZ2tMEnj94WY3WnQFjdbQdVIDA4G+PEp16We3Z6e/V09c6rWoub6vMSZyBcrsavr2j0TWtduc4tB2NAJuOVyNF1HTaPWitqam/wBznkNEwbwT3XD1mqOr1dSu4bfUdMDAHZcZx9r5dPtk8PTVvxL0/VUHsqaZzXFpDdzA8T915k1HOAYXnaDYE2CpGVYO/ZdJzOfTFtvsTcXQYx1R0NuSi7ClCs6hWFRoDrEEEWM2VQH0nsI3NI+RCjLOEq3Uas1GBuwgBoaJOAOybT6bc31Kp2M8pvjyv6OubDqbxhzf4WTJhadVqKdRjKVMHawmHE3Mx/hUtaJ8pPEL7Mxtu8qOsIhWhsM+FUZLoFlnVLHzKLQd3hEi2FdQpbnWCaSNdCl7Zj7qqsCXBjY938LXUIp0mgwIHhU6Wj69QuuJxZct/W/+mrRUnAst9F6DTMBbBGOVg09La4CMLqUQQFy6uukjVSECFoAtCppC18K8e0WKw2LBFzeFbNrcqoTGflFpO2JQQnN1S98PN1a4ybKh/wCc2KAhQxjKBMHCI+LqCQlITHP90D5QKQuR+INedNpfTYYfUsus4fsvG9f1Bra9zZkMEBb4m9Md3I5Lj7s/KVxt3RtOFCF65XnVHMJIuncSCgW7XkLUqEm+FY8expSwS5XVWkUgIiEt8n4qfVqVX7qji4wBJPAED9kpCZrbgpy0cK2kK0BPMJmtHb6oOmYiSs6oDHhBjC98MEk4WmlpCW76p2MHdB+oYw7NOLcucLqb/FE06enAfWIfU4aFnqVqlb8x9ow3so4S6SSTySo1s5ViFawkyr2MMgXwg0CDP8rRTbPkjypashHe1tyq2NnK0VW+2DE5wq2U5M38rOrhmU5IkQFq0tEeoZkeEaNMEEYhaaTSwFxOBKxa1I52reX1ixuJhdbp+nilcAGLLjUSalbce8r0+gpzStP1U78ReV9Oneey20mw0ecJKdOIIH1WgCw8LjXVYycqwZzCrb9SrBOCVFNHKjTkzKWYHc+VAbW5CBybrO8kvOVfIjyqXkbzdAHWOAi090XD4uoB2UEBBQLfsjFkSqKnj2mF4PXgu1VR17uK93qaraNB7jwF4nU+5znH9RW+PFY69OcGyU+2T2VrKcybBDaQ7C765Yy1KZk2yg5k0mvAxZy0vaJ/L9UdKwVKjqDxAqCx8qypjG0SZVzm74AnyUoovbVNMiHAwVqbSgQFq1JFGwNS7STPfAW5mlqaghrGEkcq40NNoBu1JDqg/wDHErOrjDR0tWtdgho5Tl2n0whn/dq9yLBGvq62qhrR6NLsFn2Bs7Qr/wCoNWpUrP3VXTOB2VZHZWRN7IhvMSmhAwnjKYUoVwpmAU4pWxPlTVkUimS6DcLRSp7jYReEzGwLCTCtadtyPoFm1cR1AkefhV06BBuunSpioMJKtAsJOB8Ss61hKFI2Jt9U2pHp0Hk8A4K0adm5kqnXunT1BM2Wf1XO0NIbhbK9Lo2f9sHsvO6NxLmtAknC9RoqbhTEp2vLXTZKt2wISsAAxdWAE3hcnRGi6Y8HIlAD7ymMxxbugmRuF/CkWn+FBJEiEwAIKCsC/aP3Weru9QxK2bCbnA8Kh1MFxJN0B5hOBa6H1TCSoB4/lSPCYNm8KOs0lUcnqry5vpjHK4Wo025hkQV6DUN3uLjkrm6mlkTZOazY4zNNFOSElTTmZgrrf05EQg/TWjbK6fZjHIfREYuqn0HCHsEOaZC6lSiCMKUdI6tUAna0Xc6LALU6TFDKJ1VQVWUnBzmjhazpNPpGeprKjW//AIbko1eomk06fp1OTg1SMrPT6VV1LvW1NVzz5Ku/0VV+rVKv/Z0NL0mD9UX/ANLMNI5xL6ry55M3uup/SMoj2s8WQFA7SR3V+2ekz+uf6BIENt37Kv0XbrBdI0bQASkNAzcWPZNMYDSg4RZSJviFtNHHlFmnODf4V0xS2kRYgfZWNpODbDPmVsp0BtDYlWejMDxCzq4wiiRyrjpiWyBNuAtQpjdJnK006MjCzauOTQe6i+HfSV1KbG6in5QraBtS4GVTSZW0zrYCm6sWUNMaZfTIMHC5WtJ2OYSZBXcZqA8AOAaVx+p09uqMCWuuEnsqzpVAU6YeRL3CR4C9Bp2ggFYdJQhoI/hdWiza0LPV1qQ4bzyrADCgx2Ri8jKy0ACgFr3lMLiVADCAgRz9UW2MYCLWx8IkAGyBQ7b8eVS8jefcr9v1VL2jeZUUQITgD6oYCI7lEHCSsfYUx4hJU7IMT2xwsdZpc64wuk+nZZzTJdfCQZhTABEcJXMHZajTPZK6na+QtJjnPYBIW6h09r9O2k5pAeNznA/sqKtOAYE/K61OnUbpaLmQS1okE5V1nHL6n0qhp9Ia+nYWGkJLQbELPpqlWq38uxsZLV19aalWjsLNjTm8ystNoHtyIVlMZxTb8oelOOy3NpjhuURQB+qaY5wpx8JXUREwD2sug/Tw0wAq/Sg3CupjnmkOW+VYyk0H8ohbBptwEBVlhZ7XCITTCspAARcDurxSBwjTYSbCZ8LSyi8EYCi4xGgW3VrW3HhbTp6cAvcmb6TPytv3U1cUigXizUTpWfrdHwr2vLjtiEHUtwkrK4o9PStcA1jSTybridQpepqQGiYfb4ldx0MdJMQuZUaX6tsjJnK1KlbNPSAAW1g2i6roMgYV8X4WWkBi4RgzP8ox2TRIugG3hEEYxdTJsmaBygImJChMnCmRGZRaICACQqX2cbSr5twqXv8AeVFE2NwpFkSO9kYn4RAtCVwm6clIASgrIsk2S5XOGVGNTBSaSrcwRcLVb6JdszZBgqU5YTttGV0dPfS0rcBU1mewgK/SX0jB2V/AlaluBhYX0yxwkLqkTZVVKO4HumpWFjoz9Fa1I+kWFRh2mCVpFhbESkdTEWVgdfiE8AiyGM9Fu1zWkTJiFdU0+nJ3kEkcFHbtex3Z4VlZkVSQJmFDFBIbZjQ0fCHuPJVhAFj+ykPN9sfKBW0/bcSmDAzJhFrO7jniwThrQbAfJUUBEyAXfsjDjkwPCJEcogY5UVlrMa2SOe91hZTDtS3+66VaCD2WWnTA1E5srEbKbYiCrIETCDBayaP2UUWjyo4QfCYC8mMKWJuigPzeESUsxhS83+6IaL3v4TBwaJKTMi6IJiYVDOIIlUPA3n3K4ql7iHGygs5gKbQVGi1gjx/lFCLqQBaZTTGVLdkQhHEIhshH6ojEoKy1ThOQpFohBRUaTaLd1bpm7aEdipFu6ekIaQgMyVNs8KeQf2RBJ5QVPpA8LI+kWmYsugQSqn09yqMrIsrmiyrNPa7lO3xlA+0EfuiXBxEtn6osFsommCAilBaBb9kpMlE0yIgqsy10lBZAsjEFIHjCeZQD5RUzhQ+MqCl+L3VTABVkDhXO+6rptO8oNNIyb5Vm0ARdKxsBWxfKBIAEcpSJ4Tc5Q5vhAsXRAzPKaCmAE5ugr22PlG+I+yeATHZTBzCoUi9vuqXbtxsr4jCoeTvNj9FFWAJjMwoICISAD/0KYlNCUhAQEYUAt5UFkEI5QhHdNoUiUQv0Rp2nzdQg4Ra2XXQQCVBbKJhqkXsFQAplRRBXUpg4sq2tMwtBsPJSOt4QIDCtBnhIBee6gaQUFkJdgPChMXRlBU6kkgtPytRuLpNoQUtJn+yeJ4RLBkJYgwVACyyVjPeZwrY/0o1lzIRTiAE+EoFk2QiEIv8AOEOLJyJS/B4QFsT5R7/ZIBBTjGVRCAR5KO0EFGLZUAt8oqs9yqnyXGP4V7rhUOYNxufuoLIzBlEEcpZtIKXccwgsz8qXj/SrDhukBOXAmyqCCZN0eyF8qAQFBLxYIgwjPlC/hAwFp5Qn3JgD3S8glAYBQ4wjEFQgFUSLIRwmE9lCOUFZ7KGOEXWPhQjlAAFDIRQvOUC8ojuhKObFBNxIJMoggJcm0oxYQgMYUgG5CmOcpgLRAQJtMJmi3ZHaURGVAEZHNpSzJ8KEz3VBkXQzZDmcqEbovCBsHCgHfPCHIGQjJBQEE8olzZi0kTCAMZR+mFFAzxnsqnPfuP5QrJixWeo4bz/lA74iAg1pA+icRCmRhBVBPFwmETdPtAUDQeFUEOAsoHiceEAe9kGuBPxhBZ+rAUEAkThJuPCM38qB94JR4VQF/KcYiVQx7oTyEYm8qAThAAZzIPZNE8JYjhQOKAEZAUGIKk91Ik2QAhSI4lPBi6G1AhE8KAWEhOQYEIR3sgWOwTBqO1MGxwgUNAOL+EwbkmAAmDbXCprOJMYA4UEfWAPtuqtzjkkqRfCkfNlQ1yOERJzCUD5jsmHwgJHhQW+qh44SkxkhAxEiyM8YVe8zKDnFsET/AJQXWIB5UMxu/ZI2oXIuJsJGUUSQVneJcfZ+6vJHKy1Cd5hpP1UFtSsyk2Xu2j/SZ1anTc0Oe0F2AeVTqdN/VMa0ugB083sR38q00Q9jWEyA4EH4KIjdTRJbFQe4w0dz/wClXAA5VLNO5tMNe4OcH7iQ2JV7bNAJE8lBC0RYC6QWvCs5gmPjlI6dthaFQCXF4iNsGZTN7nKQTPwnbAtFkB9o/lOI4SEAGe6OZQMHTeUUrZnwE0+YQH90hNyOQiSBzcd0gMvEHygb/F1QNW52pfSp0XPbTIa54IABN4jmxCvP5SRlZf6aszUPNOq1tKq8PeC0l2ACAZ8KouGt03vPqthgkn6x9bqf12mDGuNZgBJuT2z9ljr6SrS0d6jSaTBTpHbH6m5vfAQfQrDUNa19MPrNqF7thgfkFhPgK5E8t1TV0m1mUvUaXvONwHCanXp1XlrHtcRwDNsLLS6ayjV3NcCwFphwM2AAgzHA4TaLQjRuG3ZDWlrTsh0eTKi+W0BWAQBISSACSflVuqmodo/LEKKlbUf+OmB5KraB+oqBoyBCeOBgKoXbJkj4QgTeycCflTbBUUoAJkDCNoMD6ogRwoA0m0XQIR2GVW7FwfhWVHR8JQJGfugrbNs+VaBIF0AL9+FHAbC2Y7EIKxVpmq6nubuaJLeQrgd11zG6F1PXFzacsIEVPWduB5Mczb7LpsiECgy6OYVT2neYVpgOJF1mrEmq4g/sVFaIthQXMHCAMohA178mU7bjsgDYz9lGm4RDAQg5shNBJwjx3RVZHF8ZUKsDYSPxHlVCngg8o2dxhCL3Fv4TwGm90EFrk/REi4iyUm3yibYQI85E5UY0C/dMRyiLiY+EEkzZGCRCXBN0QRBlUEkRdCQex8qDMTPyoBkm/gICJ/V9kABn90Yk2S1anpwB+YqCupVLpYy5Np7JjDGj7R3SgBt8pC8veBdVF7ebpyPKoDiB/CZ0xwTCirfmyJgGeFWHCBIQ3XAPNoQWE2HhICNvkqEmOCg0T2QJVMN3dspZINhuk3vEK14kxCXbGEAm5CBIM3KgPAOFAQ62VFKJJ7DsmBj4Ra0q0U7cWCCoSZgLNUp+8yVv2C0mPAErNUcN5yPqP8pqCBe6YCCL5QvwrQAc8KaoEEY+qgHuVjQIJlEACbymhQCCP3TjKAIzmVM8poJ7FI9oN+ExzhCRMEK6KjunwmEk5TSJ+qBcG2tPyiIWwcwiALchKHCL2Ty03CKH8lTjNkXXvyhbhULF4tBTAceUIEm0Rymm/EIhQPdKbiCEriBB5PBTyB2CBS7aMR8KncXncQB/hWVHMLoJSgACQUCEGCkmH3VjzAiM3sl2yZwgdsTP8pwPbdBjQW97qFwkgcZUtB5jhA34smY0OOU7gATdNVUAbymaPanAEJgMiQmip2bIOB2mfurS3lDaHBTRl2zAifKf05cDGFYKZkCcpi4MIG2/JNgFQGtPI2juUtWoGtIF+7iYUc95/IAOxj+FTsMguMmbTwoCXOP5TsHjJWZ7Wh5ELS8gX7LDVqMFUy5gPlXQKFR7qTS57ifJWsuMZKiiyohztv5jzyhVe6/uP3UUVgrbUfMb3Y7q5rnQfcfuookBqOcI9xz3Qa90t9xx3UURC1HO2/mP3VD3O3j3HPdRRVFD6jwLPcPr5V76jxSqEPcCJvKiiLFdGtVNKmTVeTOS491oL3T+Y/dRRAd7i0y447pQ91vceeVFEiUtV7w5h3H7+UPUfsB3uz3UUQIHv/qGDccd1qc4wLnPdRRUUvc7eRuMQOfKagSXXJwooqi0udH5j+Uc/Koe50NO4z8+FFFlpdp3OMy4/dWVHO2/mP3UUUDNc6Rc/dWAmMnCiigBJ9typSJO65UURTyQBBWN9So319r3CG8FRRWJVdOrULCTUcTa8oVXu3D3H7qKKjG+tV9Fx9V8gf8AIrmD3Dc65OSVFF149sdP/9k=
</binary>
</FictionBook>